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Une foule de sarraus blancs devant l’Assemblée nationale qui entonne des slogans de manifestation : du jamais vu ! Les étudiants des facultés de médecine de Sherbrooke, de McGill, de l’Université de Montréal et de l’Université Laval ont marché parés de sarraus blancs, pancartes et stéthoscopes à la main pour dénoncer le projet de loi 20, le lundi 30 mars. Une manifestation historique.

Margaud Castadère-Ayçoberry, en collaboration avec Maxime Bilodeau

Le sarrau blanc, symbole de la profession, se voulait être le marqueur de cette manifestation. « On voulait vraiment avoir la symbolique du médecin, […] et être identifiés comme une marche distincte des manifestations qui se passent en ce moment contre l’austérité », commente Jessica Ruel-Laliberté, présidente du Regroupement des étudiants en médecine de l’Université Laval (RÉMUL).

Celle-ci accentue le caractère historique de cette journée : « C’est vraiment une première. On n’a jamais vu les quatre facultés de médecine du Québec défiler ensemble. Ça prouve bien que, à l’unisson, nous sommes contre le projet de loi 20. »

Un sentiment partagé par Marc-Olivier, étudiant en 1re année de médecine à l’UL : « C’est beau de se voir ensemble et de se supporter dans un but commun. »

L’accessibilité et les quotas en question

« Un bon diagnostic, un mauvais traitement ! », scandent les manifestants. C’est d’ailleurs sur ce point que se concentrent les critiques quant au projet de loi 20. Alors que l’objectif visé est d’améliorer l’accès des patients aux services de santé, les étudiants et le corps médical pensent au contraire que l’imposition de quotas aux médecins réduirait la qualité des soins : « Nous ne voulons pas en venir à de bêtes considérations basées sur des quotas. Cela serait privilégier la quantité à la qualité des soins », fustige Jasmine Bisson, présidente de l’Association générale des étudiantes et des étudiants en médecine de l’Université de Sherbrooke (AGÉÉMUS).

Pour Jessica Ruel-Laliberté, l’imposition de quotas, et les pénalités financières qui en découleraient pour les médecins qui ne les respectent pas, déshumaniserait les actes médicaux et en réduirait la diversité de pratique de la médecine familiale : « Si les étudiants en médecine optent pour la médecine familiale, c’est pour sa grande diversité. L’imposition de quotas va à l’encontre de cette dernière, ce qui la rend moins attrayante. » La représentante des étudiants en médecine de l’UL craint une fuite des médecins résidents dans les autres provinces du Canada où il n’y a pas de quotas imposés.

L’enseignement touché

Le projet de loi 20 aurait également des répercussions négatives sur l’enseignement de la médecine. Comme l’expliquait Jessica Ruel-Laliberté à Impact Campus dernièrement, plus de 50 % des médecins enseignants sont des médecins de famille, « or, le projet de loi 20 ne prévoit qu’une faible reconnaissance de l’enseignement ». Selon elle, les médecins enseignants vont manquer de temps et risqueraient d’annuler leurs charges de cours.

Une inquiétude que partage Marc-Olivier : « Il y a probablement des médecins qui décideront de ne pas reprendre leurs tâches en enseignement et donc, ça nous touche directement pour les prochaines années. »

« Si ce projet de loi passe, cela pourrait gravement affecter la qualité de l’enseignement et donc la qualité des soins par la suite, quand on aura fini nos études », poursuit Marie-Laurence, également étudiante à l’UL.

Des inquiétudes pour la suite

« Il faut faire comprendre au ministre Barrette le caractère délétère de son projet de loi », affirme Serge Keverian, président de la Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ). Celui-ci rappelle l’adoption, par procédure de bâillon, du projet de loi 10 sur l’abolition des agences de la santé, en février dernier. « Cela reflète l’attitude fermée du ministre de la Santé, lance-t-il. […] Nos inquiétudes pour la suite du cheminement du projet de loi 20 ne sont qu’exacerbées par cette manière d’agir. »

Tous espèrent toutefois que cette journée de mobilisation historique pour les étudiants en médecine du Québec ne sera pas sans conséquence, et que leurs slogans ont été entendus jusqu’au Salon bleu.