Frédéric Chrétien était le candidat de Démocratie Québec dans Limoilou. Dimanche soir, c’est par la défaite que Frédéric fut récompensé pour plus de quarante jours de campagne effrénés. Impact Campus avait publié un article sur sa candidature et l’a également suivi durant cette soirée très importante pour le jeune homme.

C’est vêtu d’un habit propre et d’une cravate jaune qu’il nous attendait au bureau de vote du parc Ferland, en plein coeur de Limoilou. Bien qu’il ne soit âgé que de 21 ans, Frédéric est un jeune homme à l’air sérieux. Derrière ses cheveux gominés, l’on sent un candidat passionné par les enjeux de son district, mais également par le jeu politique en général.

Après avoir rencontré quelques scrutateurs et bénévoles au bureau de vote, nous nous sommes déplacés vers différents autres bureaux de scrutin parsemés dans le district. À ce bureau, un scrutateur était problématique. À tel autre, le représentant d’Équipe Labeaume avait déjà quitté plusieurs heures avant la fin du scrutin. En bref, quelques ajustements dans différents bureaux.

Frédéric fait très bien ça. Il a compris le métier de politicien sans toujours sortir sa cassette et les gens en redemandent. C’est durant plusieurs minutes qu’il parle avec chaque scrutateur, au grand dam de Philippe, son directeur de campagne qui, le Iphone vissé à la main, le pousse gentiment à avancer afin qu’aucun bénévole ne retourne chez lui avant d’être remercié pour son travail.

Au patro Roc-Amadour, Frédéric a déjà visité le bureau de vote, il ne peut donc pas entrer de nouveau dans le bureau de scrutin. Nous demeurons donc à l’extérieur pour discuter: « Une campagne, ça se gagne par le terrain et je pense que c’est ce qu’on a fait. On a tout fait pour rejoindre le monde». Le moment du dévoilement des résultats lui semble encore distant, mais l’idée de la défaite s’incrustre tranquillement dans son esprit; «C’est le travail de quarante-quatre jours, et si on perd c’est une grosse déception, c’est certain, mais faut pas se laisser avoir par ça, faut juste se dire que l’on va avoir une autre chance, on perd pas espoir».

Nous nous dirigeons par la suite vers le bureau de campagne de Frédéric qui est en fait la maison de ses parents. Son vrai bureau de campagne est par contre sa voiture qui avait grandement besoin d’un nettoyage dimanche passé. Chez ses parents, quelques pointes de pizza et du 7up nous attendaient sous la supervision de la garde rapprochée de Frédéric, tous de jeunes étudiants comme lui. Une ambiance de party de famille régnait dans la cuisine de la maison du nord de Limoilou. Tout le monde fébrile et bien habillé, les manteaux sur le bord de la porte.

Tout le monde embarquant dans les voitures afin de se rendre à la soirée électorale de Démocratie Québec rappelait également les fêtes familiales de Noël. Il faut toutefois rajouter la tension, qui était palpable, en particulier chez Frédéric qui voyait s’approcher l’heure fatidique où il saurait si ses milliers d’heures de travail allaient être récompensés.

Une fois arrivé avec sa famille au Château-Laurier, Frédéric retrouve l’assurance que je l’ai vu avoir durant toute la soirée et que je l’avais vu perdre dans la voiture au profit d’une fébrilité que l’on sent de plus en plus grande. En entrant dans la salle, il reconnaît presque tout le monde, ayant passé plus de quarante jours à travailler avec ces gens. Il leur serre la main, leur parle, fait des blagues.

Il est entouré de ses amis. Il est cependant de plus en plus distant et, à mesure que les premiers résultats sortent, son visage est de plus en plus préoccupé.

Il n’y a pas eu de grands dévoilements. Bernard Derome n’a pas annoncé la défaite de Frédéric en grande pompe. Il n’y a pas eu de « si la tendance se maintient ». Non, la défaite pour Fred a été plus insidieuse. Elle est arrivée subtilement, gentiment presque, par les Iphones de ses amis.

Le déni fait rapidement place à une surprise sincère. Par la suite, toutes les émotions se succèdent. La tristesse, la colère et l’incompréhension s’emparent tour à tour du visage de Frédéric. Ses amis, mais surtout sa mère, l’épaulent et le félicitent pour sa performance. Les blagues fusent de partout, mais aucune ne semble aussi sincère que celles que tous faisaient un peu plus tôt autour de la cuisine de ses parents.

«C’est vrai que je suis déçu, mais j’essaie de ne pas oublier que Démocratie Québec c’est un travail à long terme», a-t-il affirmé. «Je croyais être plus fort dans Limoilou, mais en même temps, ce sont les gens qui décident».