Le Théâtre des Fonds de Tiroirs ouvre la saison avec une pièce dure pour la tête, douce pour le cœur : La famille se crée en copulant, présentée au Périscope jusqu’au 4 octobre. Entrevue avec Isabelle Vincent, actrice et collaboratrice du vertigineux projet.

J’ai ouvert la porte du théâtre, une jolie Française m’a souri, on a scanné mon billet et on m’a indiqué un long et noir couloir. Au bout se trouvaient des étagères et des étagères de denrées non-périssables avec écrit devant, en grosses lettres carrées, FAMILY FIRST. D’abord, surprise. Puis, c’est au fond d’un long tunnel obscur et sur une petite chaise rembourrée que j’ai terminé ma course, abandonnée.

« Frédéric [Dubois, le metteur en scène] passait par une galerie d’art, il a vu cette œuvre-là et il s’est dit que ça marcherait bien avec la pièce », raconte Isabelle Vincent à propos de l’imposante exposition Family First d’Hugo Nadeau. « Frédéric veut donner de la visibilité aux arts visuels ».

Assise sur ma petite chaise, je n’étais pas au bout de mon émerveillement. Le début carnavalesque de la pièce La famille se crée en copulant m’a laissée sans mots. En trois minutes, le chant, la danse, les longues tirades, les montagnes de vêtements et surtout, les incroyables jeux d’acteurs ont transformé la scène en un univers fantastique. « Ça garde en forme. Le théâtre est un art du corps » explique Isabelle à propos de la mise en scène et des sublimes jeux de miroirs qui couchent les acteurs par terre sur une immense page du catalogue IKEA. « Comme il y a un propos très dense, je crois que c’est important qu’il y ait une mise en scène festive pour rejoindre le public le plus vaste possible. »

Effectivement, le propos de ce drame engagé est lourd de critiques sur la société et sur la classe moyenne. La famille se crée en copulant nous oblige à constater l’infamie du confort dans lequel on baigne. Elle nous arrache notre ignorance par la bouche et nous crache notre paresse au visage. «  C’est facile de faire des enfants, mais une fois qu’ils sont là, qu’est-ce qu’on fait avec ? », se questionne l’actrice. D’où le nom de la pièce, justement.

Toutefois, la fin moralisatrice nous laisse sur une note positive et un arrière-goût de malaise profond. « Il faut essayer de cultiver une lucidité joyeuse. Si on porte tout le malheur du monde, si on devient trop empathique, on peut se piéger dans une sorte d’immobilisme, de cynisme qui n’est pas proactif. L’important, c’est de cultiver des espaces de joies et de lumière » avoue Isabelle, avec le doux sourire qu’on devine sur ses lèvres.

Quoi ? La famille se crée en copulant

Qui ? Réjean Vallée, Isabelle Vincent, Éliot Laprise, Valérie Laroche, Claudiane Ruelland.

Où ? Théâtre Périscope (2, rue Crémazie Est)

Quand ? Jusqu’au 4 octobre 2014

Combien ? 26 $ taxes incluses (30 ans et moins), 36 $ (adulte), 31 $ (60 ans et plus)