Avec son quatrième roman, On ne rentre jamais à la maison, Stéfani Meunier nous invite dans un univers où s’entremêlent maison magique, disparition, amitié et enfance désormais lointaine.

Anne-Catherine Gagné

On ne rentre jamais à la maison« J’ai rêvé de l’avenue Lorne. Quand je dis ça, les gens qui me connaissent savent de quoi je parle, […] que c’est la rue de mon enfance et un souvenir que je chéris, que si j’étais Proust, À la recherche du temps perdu ne parlerait que d’elle. »

Lorsque les parents de Pierre-Paul mettent en vente leur maison, son amie Charlie et lui décident de percer une fois pour toutes le mystère d’un grenier sombre visité dans les rêves et cauchemars du garçon — grenier qui, d’ailleurs, n’existe pas. Après une inspection détaillée, mais vaine, de la maison centenaire, ils s’étendent sur le lit d’une chambre baignée du soleil d’après-midi, de la douce quiétude d’après l’école, et se racontent des anecdotes jusqu’à s’assoupir, espérant que le sommeil les ramène au cœur de l’énigme. Mais voilà que Pierre-Paul se réveille seul et que le lendemain, Charlie est portée disparue. Comme si elle avait été oubliée dans le songe, quelque part au grenier, entre les bibelots et les vieux vêtements.

Des années plus tard, Pierre-Paul est en pleine tourmente amoureuse. Alors qu’il rassemble ses effets personnels avant de laisser une autre maison derrière lui, il tombe sur de vieilles boîtes et surgit une sorte de réminiscence: Charlie. Sa route croisera celle de la sœur de son amie d’enfance, Clara, qui se considère comme la « fille qui n’aurait pas dû naître», deux ans après les terribles événements. Leurs souvenirs se rejoindront autour d’une photo obsédante — les yeux brun-jaune de Charlie — et d’une clé retrouvée.

Chacun de ces deux personnages assume une partie du récit et l’al-ternance entre les narrateurs est efficace, la différence entre ceux-ci se faisant bien sentir. La déception de quitter un personnage est compensée par le nouveau pan de l’histoire qui nous est raconté. Stéfani Meunier écrit avec une simplicité désarmante, désarmante parce que d’une grande efficacité, d’une grande sensibilité; les mots justes, toujours, qui rendent le souvenir vivant, l’odeur du printemps tellement perceptible et l’avenue Lorne, presque sienne.

L’image puissante de la mer, de l’eau, des vagues — les vagues scélérates, véritables murs d’eau qui engouffrent les bateaux sans prévenir et s’abattent violemment sur les berges — traverse habilement le roman, passant d’un personnage et d’un récit à l’autre sans jamais avoir l’air mécanique. On aurait pris encore davantage de ce court livre, que l’on parcourt d’un coup, sans peine, sans tempête, mais comme porté par le courant.