Je n’ose imaginer quel conflit intérieur vous ronge ; quelles horreurs vous avez bien pu vivre pour vouloir ainsi nous les faire vivre à notre tour. Était-ce le spectacle d’un père tatouant votre mère de son poing ? Ou bien était-ce une mère vous marquant le dos à coup de ceinture comme une bête ? Se pourrait-il que votre enfance n’ait jamais fleuri, qu’elle se soit fanée trop tôt ? Non, je n’oserai imaginer autre chose, car après cela il ne reste que la torture.

Mais alors, comme je suis curieuse ! Qu’est-ce dont que cet élan que vous avez lorsque vous empoignez vos armes ? Quel genre de sensation addictive vous procure le fantôme de la mort qui passe dans le regard de vos victimes ? Ma parole, le meurtre serait-il votre drogue ? Pourquoi ? Sentez-vous que vous vous hissez au rang de Dieu en vous attribuant le pouvoir d’ôter la vie à un être humain ? Mais même Dieu doit être confus à votre égard… Même lui doit rester silencieux un moment et se demander « pourquoi ? ». Pourquoi… pourquoi violer l’ordre de la nature parce que l’on pense détenir la vérité ? Pourquoi tant d’orgueil ? Trop de pourquoi en si peu de temps. Je me demande si vos cibles ont eu le temps de se le demander. Peut-être y ont-elles échappé… Tant mieux. Qu’elles reposent en paix. Nous, nous ne nous reposerons pas ce soir. Nous laisserons les « pourquoi » nous déchirer le cœur comme des lames de rasoir. Nous nous noierons dans l’incompréhension, une fois de plus.

La réponse nous échappe encore. Mais ne vous en faites pas ; bientôt nous ne la rechercherons plus, puisque nous saurons que notre désarroi vous sert de pitance. Alors il sera temps pour vous de jeûner ; j’ai confiance, vous faites cela si bien. Nous vous renverrons nos « pourquoi », et je prie pour que des réponses vous viennent à ce moment-là, car rien n’est jamais perdu ; même pour les assassins.

Une survivante.