Pourquoi étudier à l’Université Laval ? Parce que vous  pourrez y acquérir une « préparation concrète au marché  du travail », peut-on lire sur certaines affiches promotionnelles de l’université. On y accueille fièrement les étudiant(e)s qui veulent « aller loin », pourvu, bien entendu, qu’il s’agisse d’aller le plus loin possible vers le marché du travail.

En effet, à l’époque de la marchandisation de l’éducation qui en préoccupe plusieurs, l’Université Laval  ne semble  prêter  l’oreille qu’aux  domaines  du savoir qui  ont  une vocation technique et appliquée. À ceux et celles dont les études tangibles s’inscrivent parfaitement dans le développement économique, les promesses sont nombreuses et les ressources toujours plus vastes. Subventions multiples, dons volumineux, nouveaux pavillons et équipements dernier cri incarnent le  quotidien de  ces étudiant(e)s que l’austérité la plus austère ne saurait affecter.

Les oubliés

Or, si l’avenir est radieux pour certain(e)s, on ne peut pas en dire autant pour tous et toutes. Aux arts, aux humanités ainsi qu’aux sciences fondamentales, on demande avec force de s’adapter aux critères de performance économique ou de cesser tout compte fait leurs activités. À ces étudiant(e)s qui aspirent à une éducation qui ne soit pas une simple formation technique, on leur réserve essentiellement le sort d’oubliés.

Alors, devant l’administration de l’Université Laval qui réclame un réinvestissement en éducation supérieure, ces étudiant(e)s ne peuvent qu’être indifférents. Après tout, à quoi bon un réinvestissement si le financement n’est pas alloué équitablement entre les différents secteurs du savoir ? À quoi bon un réinvestissement si les ressources des différentes facultés et des différents départements n’ont aucune commune mesure ?

Devant la même administration de l’Université Laval qui se targue fièrement d’être leader en développement durable, ces étudiant(e)s sont perplexes. Après tout, il serait tout aussi vrai de dire que l’Université Laval s’impose comme un leader pour arrimer solidement l’enseignement universitaire et le marché du travail. Un arrimage si solide qu’il serait même plus juste de parler de symbiose !

Et devant l’administration de l’Université Laval qui multiplie l’offre des cours à distance, ces mêmes étudiant(e)s sont inquiets. Inquiets de voir leur université se disloquer de sa vocation éducative pour imposer un modèle pédagogique déficient. Performance et compétitivité obligent,  l’administration  opte  pour  une  formule  pédagogique plus efficace et moins dispendieuse où capsules  vidéo et forums en ligne font figure de classes. Une université, dites-vous ? Rien n’est moins sûr à l’heure où le lien essentiel qui unit   l’enseignant(e) et l’étudiant(e) s’estompe dans quelques   poussières numériques.

Redonner place à l’éducation

Maintenant plus que jamais, il est impératif que l’Université Laval incarne à nouveau sa mission première qui est celle d’offrir une éducation qui ne soit pas réductible à la formation technique et appliquée. Une éducation où le savoir transmis ne serait pas seulement utile aux entreprises et à la formation de leur main-d’œuvre, mais avant tout utile aux premiers concernés, à savoir l’étudiant(e) et la société qui l’abrite. À l’époque actuelle, il est impératif que les étudiant(e)s apprennent à mieux-être et non pas seulement à mieux-appliquer afin qu’ils deviennent des individus accomplis. Notre collectivité ne pourra que mieux s’en porter.

À la nouvelle dirigeante ou au nouveau dirigeant de l’Université Laval qui sera prochainement élu, nous demandons de restituer une vision de notre université comme haut lieu du savoir. Une vision où l’université formerait à nouveau une communauté intellectuelle soucieuse du partage de la connaissance dans la plus grande liberté et la plus grande diversité. Une vision où l’université serait à nouveau un lieu d’enseignement et d’apprentissage dont la visée n’est rien de moins que l’épanouissement intellectuel et personnel de ses étudiant(e)s.

À la prochaine rectrice ou au prochain recteur de l’Université Laval, nous exigeons un renouveau de la mission de notre université qui profiterait à tout le corps étudiant, aussi diversifié qu’il soit, ainsi qu’à notre société tout entière.

L’AGEEPP (Association Générale des Étudiants et Étudiantes Prégradué.e.s en Philosophie de l’Université Laval)