Invitée au Québec mercredi dernier par le ministère des Relations internationales, Aziza Bennanie a rappelé lors d’une conférence tenue au pavillon Charles-De Konink de l’Université Laval que ce n’est pas la religion islamique elle-même qui constitue un obstacle à l’émancipation des femmes, mais plutôt l’idéologie intégriste. «L’islam est ouvert sur la modernité et n’est pas hostile à l’émancipation des femmes», a souligné la conférencière à maintes reprises lors de son allocution.

D’ailleurs, il «existe des féministes islamistes», a tenu à mentionner une étudiante présente à la conférence. «Je suis certaine que des femmes chrétiennes et croyantes ont participé à la Révolution tranquille», a continuée Yasmine Smires, étudiante à la maîtrise en relations internationales.

Effectivement, il est important de dissocier islam et intégrisme. Pour preuve, le Maroc étant un royaume, le roi incarne à la fois le chef politique et l’autorité religieuse. Or, les trois réformes féministes qu’a connues le Maroc (1944, 1993 et 2004) ont été possibles grâce à l’appui du roi. «J’appelle cela le féminisme du palais», a plaisanté Aziza Bennanie, première femme marocaine à avoir occupé les fonctions de ministre et de doyenne facultaire.

Questionnée par Impact Campus à savoir si les décisions royales quant à l’intégration des femmes à la société civile ne seraient pas plutôt le fruit de pressions internationales, Mme Bennanie a protesté : «Non, pas du tout. Le Maroc véhicule la conviction d’adhérer aux valeurs démocratiques.»

Or, que peut bien posséder le Maroc de particulier qui le motive, à l’inverse d’autres pays islamiques, à adopter ces avancées sociales qui permettent aujourd’hui aux femmes d’être présentes en politique, en éducation et en droit? Pauline Curien, directrice des Hautes Études internationales de l’Université Laval, avance la thèse du post-colonialisme : «Au contraire de l’Algérie, le Maroc a été moins assujetti lors de l’occupation française, véhiculant peut-être un esprit moins traditionnaliste aujourd’hui.»  
Cependant, même si la femme occupe dorénavant une place importante au sein de la société civile et dans le paysage politique marocain, même si «beaucoup sont convaincus que l’émancipation des femmes fera évoluer le Maroc», la conférencière a rappelé que tout n’est pas encore gagné. «C’est loin d’être terminé, il y a des obstacles multiples», a-t-elle affirmé.

Chemin à parcourir
En effet, ce n’est qu’en 2004 que l’on a transformé le statut légal de la femme marocaine pour la reconnaître égale à son conjoint.

De plus, en 2007, la représentation féminine au parlement marocain se chiffrait à 10,35 %, comparativement à une moyenne mondiale de 15,2 %. «C’est heureux, mais pas satisfaisant», a déclaré Aziza
Bennanie.

Également, le milieu rural reste à sensibiliser. «Effectivement, les idées progressistes sont plus retrouvées en milieux urbains», affirme-t-elle.

Ainsi, afin de changer les choses, cette ancienne ministre de la Culture du Maroc désire réduire le taux d’analphabétisme. De plus, elle compte sur «l’éducation comme moyen d’aider la libération des femmes, en raison de ses retombées évidentes sur les mentalités masculines et féminines les plus rigides», dit-elle.