Les deux plus importantes associations étudiantes du campus, la CADEUL et l’AÉLIÉS, collaborent actuellement à la mise sur pied d’un nouveau regroupement étudiant national (voir notre article en p. 6). La «Table de concertation des associations indépendantes» qui est en branle constituerait une sorte de troisième voie qui satisferait les exigences des associations ayant quitté la Fédération étudiante universitaire du Québec dans les cinq dernières années. La Table de concertation, en sortant les associations indépendantes de l’isolement, réussira-t-elle à créer ce fameux «rapport de force» tant recherché vis-à-vis du gouvernement? La souplesse de sa structure pourrait être, en même temps que la principale qualité de cette Table, son plus épineux défaut.

Pour les étudiants, établir un rapport de force avec le gouvernement signifie, plus souvent qu’autrement, sortir dans la rue. Peu de grandes victoires ont été acquises sans l’ultime moyen de pression que constitue la grève. Or, dans le scénario où les étudiants réfléchissent à une action d’envergure, la forme projetée de la Table de concertation serait de peu d’utilité, puisque chaque association resterait libre de se retirer de la décision qu’elle prendrait. Comment créer un mouvement de masse dans ces conditions? La nouvelle organisation risque ainsi de n’acquérir qu’un poids symbolique.

Bien sûr, le gouvernement pourrait reconnaître le regroupement comme un interlocuteur officiel, lui permettant de présenter ses revendications directement aux représentants du ministère de l’Éducation. C’est ce que visent les initiateurs du projet, mais rien n’est certain. Certes, la Table de concertation n’aura pas la philosophie de syndicalisme de combat de l’ASSÉ et comportera plus de membres, ce qui pourrait lui donner de la crédibilité aux yeux du gouvernement. Mais ce regroupement revendiquera probablement peu ou prou la même chose que la FEUQ. Pourquoi, dans ce cas, le ministère se compliquerait-il l’existence à écouter deux parties? Les associations qui composeront la Table de concertation ne sont pas liées par une «troisième» vision de l’éducation, au-delà de celles prônées par la FEUQ et l’ASSÉ, mais par un isolement commun et une certaine idée de la culture démocratique, en opposition à celle qu’ils ont reprochée à la FEUQ. Certes, ce n’est pas rien, mais est-ce assez pour fonder un regroupement durable et solide?

De plus, la Table de concertation mise énormément sur la «bonne foi» des associations. Celle-ci risque d’être remisée au placard assez rapidement en cas de profond litige. Aussi, pour que la Table soit durable, sa structure doit-elle prendre en compte un autre contexte que celui qui prévaut actuellement, où tout le monde s’entend, parce que tout le monde se rend bien compte qu’une constellation d’associations indépendantes est nécessairement mal représentée dans les médias et auprès des instances officielles… Par exemple, donner autant de voix de représentation à une association de 28 000 membres (la CADEUL) et à une autre qui en compte 6000 (le REMDUS, initiateur du projet) est une opération délicate qui risque d’être remise en question, une fois passée la lune de miel.

La Table de concertation ne se veut pas une fédération ou une association nationale au sens conventionnel du terme. «L’idée de ne pas trouver sa place dans l’un ou l’autre des deux mouvements déjà existants est troublante, mais elle représente aussi une excellente occasion de trouver un entre-deux», affirme le REMDUS de façon très juste. On ne peut que saluer cette initiative pour tenter de combler un déficit au plan des instances étudiantes nationales, qui nous affaiblit dans la défense de nos droits. Néanmoins, pour devenir un acteur important du mouvement étudiant québécois, chacun devra probablement sacrifier un peu de sa souveraineté, ce qu’on se refuse actuellement à faire. La concertation ne sera, malheureusement, jamais une chose facile.