Au printemps 2013, Edward Snowden dévoilait à deux journalistes ce qui s’avéra être une bombe dans le monde de la surveillance. Ancien employé de la National Security Agency (NSA) et de la Central Intelligence Agency (CIA), Snowden dévoilait au grand jour plusieurs documents d’informations sur les activités de surveillance du gouvernement américain. En fuite depuis ce temps, Snowden s’est vu offrir l’asile politique. Où aboutira ce personnage haï par les Américains, adulé par d’autres? Regard sur cette épineuse question de sécurité.

Francis Leclerc

À la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001, le gouvernement de George W. Bush décide de renforcir le programme de la NSA et apporte des modifications au programme de sécurité. Le gouvernement prend les grands moyens et élargit considérablement ses techniques d’« espionnage » mises en place par la NSA en créant entre autres, le Terrorism Surveillance Program en 2001 et le programme de surveillance PRISM en 2007. Ces programmes auront comme répercussion directe une surveillance plus accrue de la population américaine.

En dévoilant au grand jour ce fait d’armes, plusieurs affirment se sentir trahis et outrés par ce qu’a fait Snowden, car le gouvernement n’a que pour but de protéger ses citoyens et ses alliés. Selon eux, les États-Unis ont agi de la sorte dans le seul et unique but de vivre dans un monde meilleur, loin des attentats terroristes. Se sentir en sécurité au détriment de la vie privée, diront certains.

Héros dans la trahison

Edward Snowden fait partie des quelque 60 000 employés de la NSA et il est le seul à avoir dénoncé sur la place publique le gouvernement américain et ses techniques de surveillance. Cet homme a donc décidé, pour le bien commun, de dénoncer ces informations au détriment de sa vie de citoyen américain.

Les admirateurs de l’ancien analyste de la NSA voient en lui, un grand courage d’avoir délaissé ses amis, sa famille et son emploi dans le but de dénoncer quelque chose qui va à l’encontre de ses valeurs. Or, ces évènements ne donnent pas seulement lieu à un débat éthique sur l’atteinte à la vie privée, car le gouvernement des États-Unis a agi de façon illégale en collectant, depuis de nombreuses années, beaucoup plus de données de ce que la loi lui permet. Ainsi, selon un récent sondage réalisé par le Pew Reseach Center pour le quotidien USA Today, 53% des Américains interrogés disent désapprouver le programme de collecte de métadonnées contre 40% qui l’approuvent. Aussi, 45% affirment que Snowden a servi l’intérêt public contre 43% qui affirment le contraire. Par contre, 56% pensent que le gouvernement devrait engager des poursuites criminelles à son égard.

Où aboutira Edward Snowden ?

Avant de dévoiler le tout, au printemps passé, Snowden a quitté les États-Unis. Selon les dernières nouvelles, il se trouverait présentement quelque part en Russie. La pression est de plus en plus forte sur Snowden et il a récemment affirmé craindre pour sa vie. Plusieurs citoyens de divers pays ont donc commencé à mettre en place des moyens concrets, tels que des pétitions, pour faire réaliser au monde que cet homme a agi pour le bien commun et qu’il mérite l’asile politique.

Charles-Emmanuel Côté, expert en droit international à l’Université Laval, explique que pour un pays qui veut rapatrier un individu accusé d’un crime, la seule possibilité est de faire une demande explicite au gouvernement russe. « En ce moment, Snowden séjourne de manière légale en Russie grâce à un permis quelconque. Il est donc impossible pour les Américains d’aller en Russie pour l’arrêter, car chaque état est souverain sur son territoire », a expliqué M. Côté.

Au Canada, connaissant la position du gouvernement Harper envers les États-Unis, il n’a pas été surprenant d’entendre un des ministres conservateurs affirmer que la meilleure chose à faire pour Snowden serait de revenir dans son pays et de se faire juger. Edward Snowden n’en est toutefois pas là. Loin de se rendre, il restera en Russie aussi longtemps qu’il le pourra. « Mais dès qu’il mettra l’orteil dans un pays ami des États-Unis, il se fera appréhender pour se faire juger », a continué M. Côté.

Il se peut aussi que les Russes veuillent quelque chose en échange de Snowden. Il se pourrait qu’il fasse office d’élément de négociation pour eux. Charles-Emmanuel Côté estime cependant que même si les Russes décidaient de rendre Snowden aux Américains, il pourrait contester son arrestation et son transfert aux États-Unis. « Il devrait toutefois se battre seul contre la justice », a-t-il terminé.

À l’opposé, dans le cadre du cours Projet de publicité sociale du baccalauréat en Communication publique à l’Université Laval, plusieurs étudiants ont décidé de créer une campagne publicitaire, afin que Snowden obtienne l’asile politique canadienne. Une des campagnes réalisées par ces étudiants se nomme « Opération dénonciation ».

Soyez donc à l’affût d’ici les prochains jours pour voir ce que nous ont concocté certains étudiants de l’Université Laval, dont l’une des campagnes s’intitule « Opération dénonciation ».