Un produit couramment utilisé dans les hôpitaux pour rétablir le volume sanguin des patients est associé à une augmentation du risque d’insuffisance rénale aiguë et de mortalité. C’est ce que démontre une équipe de chercheurs canadiens, dont fait partie Alexis Turgeon de la Faculté de médecine et du CHU de Québec, dans la dernière édition du Journal of the American Medical Association (JAMA).

Catherine Gilbert

Ce produit qui faisait parler se nomme hydroxyéthylamidon ( HEA ) et est administré aux gens dont la pression sanguine a chuté dangereusement à la suite d’une perte du volume sanguin ou lors d’une septicémie. Afin de maintenir la pression sanguine dans les vaisseaux, le HEA remplace l’espace qu’occupait le sang, sans toutefois accomplir ses fonctions. En effet, ce produit ne peut transporter d’oxygène comme le feraient les globules rouges. Le HEA permet d’éviter les transfusions de sang et, de ce fait les contaminations possibles.

« C’est utilisé tous les jours dans les hôpitaux. [ … ] C’est apparu sur le marché il y a environ 20 ans, tout de suite après le scandale du sang contaminé, à un moment où on cherchait des alternatives aux transfusions de sang. Donc c’était un très bon moment pour ce genre de produit », explique le Dr Alexis Turgeon, spécialiste en soins intensifs au CHU de Québec.

Dansc ce contexte, le HEA a rapidement eu l’approbation pour être utilisé en milieu hospitalier.

Alexis Turgeon et Ryan Zarychanski, spécialiste en soins intensifs et en hématologie à CancerCare Manitoba, et leur équipe ont effectué une métaanalyse portant sur 38 essais cliniques de solutions d’HEA utilisées dans le cadre d’une réanimation d’urgence, représentant un échantillon de quelque 11 000 patients dans le monde.

Les chercheurs ont constaté que la mortalité et l’incidence d’insuffisance rénale étaient respectivement de 9 % et 27 % plus élevées, chez les patients ayant reçu ces produits à base d’amidon, en comparaison à des solutions à base d’eau salée, à de la gélatine ou à de l’albumine ( autres substances utilisées dans les mêmes circonstances en milieu hospitalier ).

Des résultats cachés

Le point de départ des métaanalyses fut la révélation en 2011 qu’un des chercheurs ayant participé aux essais, Joachim Blodt, avait été reconnu coupable de diverses fautes scientifiques allant de l’absence d’approbation d’un comité d’éthique à des données falsifiées. Même si les essais faits sur le HEA ne faisaient pas partie de la liste d’articles falsifiés, les chercheurs ont pensé qu’il était préférable d’y jeter un coup d’œil afin de vérifier si les études concordaient avec celles effectuées par d’autres chercheurs.

De plus, le Dr Turgeon mentionne que sept des essais cliniques étaient commandités par le fabricant du HEA. Il prend le temps d’expliquer que cela arrive souvent dans le domaine de la recherche et qu’il n’est pas automatiquement vrai que les études ont été faussées, mais son équipe et lui tenaient à vérifier tout de même les faits.

Les autorités sanitaires américaines et européennes examinent actuellement ces résultats, mais pour le Dr Turgeon, il apparaît clair que les HEA ne devraient plus être utilisés. Par contre, il existe encore, pour plusieurs médecins, de la controverse concernant son utilisation. Il faudra attendre la fin de l’étude pour savoir si le HEA sera retiré des hôpitaux.