Retour sur Plein(s) Écran(s) 2026

Le festival en ligne Plein(s) Écran(s) a tiré le rideau sur son édition 2026 ce samedi. Pensé comme un espace de découvrabilité et de démocratisation du court métrage, cet événement à but non lucratif nous a, à nouveau, donné envie de parcourir sa programmation et d’en partager les temps forts. Retrouvez les remises de prix en fin d’article ! 

par l’équipe Impact Campus et ses journalistes collaboratrices 

/!\ DIVULGACHEURS : Information divulguant prématurément un élément clé de l’intrigue de ces œuvres de fiction.

LES FILMS D’EMMY

Hypersensible de Martine Frossard (« À fleur de peau »)

Résumé : Hypersensible est le parcours accidenté et surréaliste d’une jeune femme qui cherche à se reconstruire, à contre-courant d’une société prompte à refouler ses émotions. Un doux plaidoyer pour une humanité qui rappelle au passage qu’être sensible, c’est être vivant.

Impressions : Si j’ai été légèrement irritée par cette incarnation d’une fille « pas comme les autres » et même si l’utilisation du terme hypersensible me paraît souvent galvaudée, le court-métrage de Martine Frossard réussit à induire tantôt la surstimulation, tantôt l’apaisement. 

Chez Ghislaine de Franie-Éléonore Bernier  (« On y trouve de tout, même un ami! »)

Résumé : Ghislaine gère un réseau de contrebande d’aliments volés par des jeunes du quartier, qu’elle revend à bas prix à la communauté. Lorsque son petit-fils débarque avec un gros congélateur pour augmenter les profits, Ghislaine cherche à s’en débarrasser avant d’éveiller les soupçons.

Impressions : Belle colorimétrie estivale qui donne presque envie d’une canicule collante. On entre chez Ghislaine comme dans un train en marche jusqu’à ce qu’un quiproquo et un homme (comme d’habitude) passent proche de tout faire dérailler. Bande son un peu gossante, mais contente du clin d’œil au poète de Trois-Rivières, Sir Path. 

LES FILMS DE LÉON

 Anyway, j’pisse assis de Zack Slattery (« La vie est un voyage, pas une destination »)

Résumé : Trois ami·es prennent la route vers leur ville natale alors que Sasha, se remettant de sa chirurgie d’affirmation de genre, rêve de se baigner torse nu à la plage de son enfance.

Impressions : Le film suit un homme trans qui retourne dans sa ville natale traumatique comme seuil final d’un coming of age longtemps différé. Cette traversée du Québec devient la métaphore d’une demande sans équivoque : celle de prendre de la place dans sa vie et dans son histoire. Anyway, j’pisse assis m’a ramené, avec une justesse touchante, à la première fois où je suis allé me baigner après ma propre mammectomie. Porté par une photographie et des costumes empreints de nostalgie, les métaphores du road movie et de la fleuve reste simplifiée, mais laissent néanmoins aux personnes queer l’espace d’y projeter ce pincement au cœur que beaucoup reconnaitront — celui d’un trajet déjà traversé, ou enfin imaginable.

Gender Reveal de Mo Matton (« Un film de genre non genré »)

Résumé : Alors qu’iels assistent au Gender Reveal du futur bébé de son patron, Rhys et ses deux partenaires voient leur capacité à s’en sortir indemne s’effondrer.

Impressions : Ce court-métrage joue un chaos queer que je trouve toujours attirant, porté par une belle énergie visuelle et un comique de situation efficace, notamment dans l’attention portée aux détails (jusqu’aux cupcakes génitaux aux couleurs inversées ). Mais l’humour finit par rester un peu sur l’estomac : la punchline finale d’un enfant à venir déclaré trans, mais surtout mort, m’est peut-être passé au-dessus de la tête. Ainsi, le film devient forme de mascarade où, oui les hétérosexuel.les se ridiculisent, mais les personnages queer deviennent paradoxalement ceux qui paraissent les plus genrés.

LES FILMS DE LÉANN

Uasheshkun de  Normand Junior Thirnish-Pilot (Fiction)

Résumé : Un père tente par tous les moyens d’affronter le suicide de sa fille.

Impressions : Le court-métrage de Normand Junior Thirnish-Pilot nous plonge dans l’atmosphère crue du deuil: aucune musique, peu de paroles, le réconfort trouvé dans la spiritualité. Bien que laconique, le court-métrage demeure limpide dans sa représentation implicite du suicide et des effets dévastateurs sur les proches. Un visionnement difficile qui aborde une réalité trop souvent tue.

Platanero de Juan Frank Hernandez (Fiction)

Résumé : Ti-Frè et Gran-Frè, deux frères haïtiens sans autres options pour subsister, partent avec deux amis voler des vivres dans une plantation en pleine nuit.

Impressions : Platanero raconte les violences faites aux personnes sans documents en invoquant de la manière la plus terrifiante le folklore et l’ambiance sinistre d’une nuit de pleine lune en lieux éloignés. Bien ficelé, ce court-métrage développe des personnages attachants, interprétés avec brio (petit coup de cœur pour la prestation de Stanley Exantus dans le rôle de Ti-Frè) et sensibilité.

Ilnikueu : poupées de guérison du Comité de femmes Puakuteu  (Documentaire)

Résumé : Ce documentaire, une production de Wapikoni Mobile, recueille les témoignages du comité de femmes Mashteuiatsh Puakuteu lors d’atelier de confections de poupées.

Impressions : La porte déjà ouverte de l’atelier amène le.a spectateur.rice à la table de confection l’espace d’un instant, l’invitant à observer en toute quiétude le processus de fabrication. Déliant des bribes de témoignages tendres et poignants des femmes attablées, iel est accompagné.e par les douces voix de Kokom Germaine Dubé et Chantal Niquay jusqu’à ce que la porte se referme sur cet îlot de guérison. C’est touchant, intime et précieux.

LES FILMS D’ALEX

Cher Zoscar de Sarah Toussaint-Léveillé (« En nomination dans sa propre catégorie »)

Résumé : Le film Cher Zoscar est une correspondance entre le désir de créer et la vie qui t’avale. De quoi du genre.

Impressions : En à peine deux minutes, Sarah Toussaint-Léveillé capte avec humour et tendresse la tension entre l’élan créatif et une vie qui déborde. C’est drôle, c’est nostalgique, et je me suis reconnu dans cette course imparfaite, portée par des images magnifiques qui rendent le tout encore plus touchant.

Himalia de Juliette Lossky & Clara Milo (« Une famille solaire, à deux pas de Jupiter »)

Résumé : D’une étrange intemporalité, cette fable nous plonge dans le quotidien d’un enfant fasciné par les rayons insaisissables du Soleil qui rythme la vie sur les terres atypiques d’Himalia.

Impressions : Himalia m’a profondément touché par sa douceur et sa sensibilité : le court-métrage parvient à faire ressentir, à travers l’écran, la chaleur du Soleil et de l’amour maternel. Déployé dans des paysages grandioses, le récit m’a enveloppé dans un univers intime et lumineux, qui donne envie de s’isoler à la campagne. 

LES FILMS DE VIVIANNE 

Souvenirs d’une journée parfaite de Davina Maria (Journal filmé)

Résumé : Le film raconte – à travers des images et des sons de la plage, du jardin et de la ville – la rencontre fortuite entre deux femmes.

Impressions : Nous avons l’impression, à l’écoute de ce court-métrage, de regarder pour la première fois, avec impatience, les photographies d’une caméra à film que nous aurions tout juste développées, et qui nous rappelle les doux souvenirs d’un été, d’une journée parfaite.

Mes murs-mémoire d’Axel Robin (Documentaire)

Résumé : Le film fait acte de mémoire à la maison-musée de Rose Gendron Lévesque.

Impressions : Le court-métrage nous dévoile les oeuvres – celles d’une vie – d’une femme ayant transformé sa maison en musée, et où chaque mur abonde de peintures et de souvenirs. C’est aussi une réflexion sur la mort, la mémoire, la passion et la vieillesse.

LES FILMS DE MARIE-ROSE

La petite ancêtre d’ Alexa Tremblay-Francoeur (Animation)

Résumé : Ce court-métrage d’animation retrace l’histoire de la maison Bossé à Chicoutimi, de sa construction en 1870 jusqu’à sa démolition en 2018 pour faire place à un stationnement.

Impression :  L’animation captive par ses couleurs chaleureuses et son esthétique apaisante, créant une atmosphère d’intimité domestique renforcée par une trame sonore évocatrice. La transformation graduelle des décors nous lie affectivement à cette demeure, rendant sa disparition finale d’autant plus poignante : la beauté organique et vivante de la maison cède la place à la froideur minérale de l’urbanisation moderne.

Zoé de Rémi St-Michel (Fiction)

Résumé : Dans un monde post-apocalyptique, Zoé, maintenant zombie, se retrouve sous le joue d’un homme prétendant la protéger, révélant progressivement qu’il l’a kidnappée avant sa transformation.

Impression : L’esthétique visuelle inquiétante et la tension sonore captivent le spectateur dans un malaise hypnotique. La révélation progressive que la véritable monstruosité se cache derrière un visage humain bouleverse nos attentes. L’évasion finale de Zoé, même vers un monde de mort-vivants, vient alors avec soulagement et une note d’espoir. L’assaut des zombies contre son ravisseur est également très satisfaisant. Cela les métamorphose en alliés inattendus contre le véritable monstre de l’histoire.

Crème à la glace de Rachel Samson (Animation)

Résumé : Deux amies se retrouvent pour une crème glacée avant leur entrée au secondaire, confrontées aux tensions d’une amitié qui vacille entre attachement et détachement.

Impression : Les sons d’ambiance immersifs accompagnent avec justesse cette chronique d’une amitié d’enfance à l’approche d’un tournant de vie. Les dialogues fragmentés et maladroits des personnages capturent avec authenticité l’incertitude du passage de l’enfance à l’adolescence, où les non-dits pèsent plus lourd que les mots. Le dégât du truck de crème glacée à la fin donne l’impression d’être une image de la fin d’une époque pour les deux amies. La fin de l’été, la fin de leur enfance.

RÉSULTATS 

Le palmarès 2026 de Plein(s) Écran(s) souligne une programmation sensible et engagée, où l’audace formelle côtoie une profonde attention au monde contemporain. Le Grand Prix Plein(s) Écran(s) a été remis à Himalia de Juliette Lossky et Clara Milo, également lauréat du Prix des pairs, salué pour la force de son univers onirique et la délicatesse de sa mise en scène.

Le Coup de cœur du jury est allé à Rituels sous un ciel écarlate de Dominique Chila et Samer Najari, tandis que le Prix du meilleur film régional a distingué Ilnikueu du Comité de femmes Puakuteu, avec une mention spéciale pour Le Punk de Natashquan de Nicolas Lachapelle.

Parmi les autres récompenses, Crème à glace de Rachel Samson a remporté le Prix du meilleur très court, Le vrai Jo de Zackary Bourdeau-Pouplier le Prix de la relève, Perfectly a Strangeness d’Alison McAlpine le Prix YES SIR! MADAME…, et le Prix du public est revenu à Después del silencio de Matilde-Luna Perotti.

Les autres films à découvrir : 

  • perfectly a strangeness – Alison McAlpine
  • Mercenaire – Pier-Philippe Chevigny
  • Le Punk de Natashquan – Nicolas Lachapelle
  • Emboîter leurs pas – Manuel Piron
  • Anyway, j’pisse assis – Zak Slattery
  • Orbites – Sarah Seené
  • Le Patenteux – Maude Petel-Légaré
  • Salem sur la route – Étienne Galloy
  • Des gens vivent ici – Gabrielle Côté
  • The Bingo Sisters – Andrew Przybytkowski
  • Hello, My Name Is Beaver – Trevor Blumas
  • 0004NGEL – Eli Jean Tahchi
  • A Dying Tree – Vincent René-Lortie
  • Who Loves the Sun – Arshia Shakiba
  • Después del silencio – Matilde-Luna Perotti
  • Le vrai Jo – Zackary Bourdeau-Pouplier
  • Rituels sous un ciel écarlate – Dominique Chila & Samer Najari
  • Boîte à savon – Jimmy G. Pettigrew
  • Les faux sapins – Justine Martin
  • Angle mort – Charlie Guèvremont

*photos et informations provenant de https://pleinsecrans.com/

 

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