Nordicité est une série documentaire québécoise produite par PVP Média, boîte de production issue de Matane, et animée par Karina Marceau, explorant comment les froids hivers québécois ont guidé son développement, son histoire et ses mœurs. Parue en ligne ce 19 janvier sur le site de Savoir Média et diffusée sur les ondes de cette même chaîne ce 26 janvier, elle est facilement accessible pour une écoute des plus enrichissante, à votre rythme.
par Léann Laquerre, journaliste stagiaire
| Production: Nova Média, PVP MEDIA et le FMC | Animation: Karina Marceau | Intervenant.es: Martin Dubois, Claudiane Ouellet-Plamondon, Jean Désy, Frédéric Proulx, Benoît Grenier, Adrian Burke, Marie-Claude Prémont, Simon Legault, Sara-Jeanne Dagenais, Médérik Sioui, Jean-Simon Bégin, Joëlle Taillon, Philippe Terrier, Dr Denis P. Blondin, Sophie Hogan-Lamarre, Michelle Drapeau, Suzanne Gousse, Valerio Izquierdo, Émile Harvey, Hélène Philion, Martine Roberge, Jean Gilbert, Michel Vigneault, Guillaume Paradis, Jean-Paul Viaud, Raphaël Bourgeois, Daniel Breton |
L’hiver, période de (supposément) quatre mois pendant laquelle on ne cesse de rêver sa fin, s’aborde dans cette courte série de six épisodes de 30 minutes sous son angle le plus flatteur: la contrainte amenant la création. La série aborde un large panorama historique de l’architecture, du peuplement, de la faune comme source d’inspiration innovatrice, des moyens de transport, de la biologie des corps ainsi que des activités hivernales rythmant la saison froide. Retraçant les effets de la nordicité du territoire sur le peuple y vivant, cet ensemble de petits documentaires révèle toute l’ingéniosité qu’elle a générée au Québec, même avant qu’il se nomme ainsi.
Les personnes intervenantes, au savoir expert dans leur domaine, constituent la véritable richesse de la série. La forme, plutôt classique et utilitaire, laisse place à une diversité des voix et des compétences pour informer son public et, selon moi, établir une ligne identitaire neutre qui rejoint tout le monde au Québec: le froid, et comment on s’y adapte. On quitte alors la conception d’un territoire simplement géographique pour l’aborder dans toute sa diversité culturelle, sociale et humaine. C’est en peignant la nordicité dans sa complexité que la série parvient à faire briller tous les bienfaits que l’hiver (bien qu’on s’en plaigne souvent) nous apporte. Le sentiment de renouveau au passage des saisons est d’un intérêt positif sur notre santé mentale (minus, peut-être, la dépression saisonnière de novembre) et la multitude de moyens de transport selon les saisons constitue une commodité appréciable à longueur d’année (vive les pneus d’hiver, j’apprécie me rendre à destination, même sur la glace).
Simplement pour parfaire sa culture générale, s’intéresser au lieu que l’on habite — et s’identifier par autres choses que la Sainte Trinité du hockey/Céline/poutine si savamment développée dans la pièce Un Nouveau Jour de Jean-Philippe Baril Guérard passé à La Bordée cet automne — l’écoute de cette série s’avère un outil utile dans sa compréhension de la construction du Québec.
« Pas une vision européocentriste »?
L’unique inconfort de cette série documentaire réside dans les limitations qu’elle accorde à l’intervention des savoirs des Premières Nations. Leur contribution à l’adaptation en territoires nordiques est présentée ici comme la fondation, solide, qu’ils ont établie et qui a profité aux colons français et à leur descendance. Dès le premier épisode, portant sur l’évolution de l’architecture sur le territoire, l’igloo est montré comme un exemple prodige de l’adaptation aux grands froids (ce qu’elle est), mais, dès que la série se tourne vers les nouvelles technologies immobilières actuelles, toute mention d’un apport autochtone est évacuée. Malgré la présence fort pertinente et récurrente de l’historien Wendat-anishinaabe Médérik Sioui, il semble que le rôle des Premières Nations sur le territoire est rangé dans le passé, sans ouverture sur le futur. Pour réellement quitter une vision européocentriste de l’histoire du territoire québécois, une plus grande place dans la vision de notre futur collectif aurait mérité d’être portée par des voix autochtones.
* Source de l’intertitre: Dumais-Beaudoin, R. (2026, 19 janvier). La série Nordicité : le climat comme force créatrice – Première Escale [Émission de radio]. OhDio. https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/12880/premiere-escale (3:32)


