Pavillon Alphonse-Marie-Parent, Crédit photo : Marc-Antoine Lavoie / Radio-Canada

Prévenir les VACS : Quelles mesures ont été mises en place par l’Université?

[2/3] Dossier VACS :  En octobre 2016, un étudiant s’introduit par effraction dans une résidence de l’Université Laval et commet plusieurs agressions à caractère sexuel. L’affaire provoque alors une onde de choc et déclenche une vaste mobilisation à travers le Québec pour dénoncer les violences sexuelles et exiger des changements. Dix ans plus tard, Impact Campus revient sur ces événements et se demande où en est la lutte contre les violences à caractère sexuel (VACS).

Par Marie Tremblay, cheffe de pupitre actualité

Ces événements ont agi comme un catalyseur, mettant en évidence l’importance d’une révision en profondeur des stratégies existantes sur la prévention des VACS. La campagne de sensibilisation Sans oui, c’est non!, lancée en mars de cette même année, a également bénéficié du cas de l’Université Laval pour propulser son message partout à travers la province. Face à cet élan, le gouvernement adopte rapidement une loi obligeant les établissements d’enseignement supérieur à se doter de politiques claires et de services de soutien adaptés. 

Sophie D’Amours, rectrice de l’Université Laval

« Il faut que les gens puissent avoir confiance en notre système, en l’accompagnement et sa qualité au premier chiffre » : c’est une des promesses que Sophie D’Amours avait faites lors de sa campagne pour le rectorat de l’Université Laval au début de l’année 2017. Élue rectrice la même année, elle souligne aujourd’hui l’implication de la communauté étudiante dans les démarches de l’institution. « Les étudiants et étudiantes ont été à table de toutes les démarches, de la politique jusqu’à la mise en place de différentes pratiques, comme les sentinelles, comme l’accompagnement dans les différentes activités sociales », raconte-t-elle.

Sécuriser le campus

Bien que la sécurité dans les résidences ait été augmentée en réponse aux évènements de 2016, notamment avec l’ajout de vidéosurveillance et d’accès sécurisés, Mme D’Amours indique que les travaux pour sécuriser l’ensemble des résidences sont toujours en cours. Ce délai considérable témoigne d’un enjeu de sécurité persistant : si plusieurs résident.es disent se sentir en sécurité, d’autres témoignages font état de situations inconfortables impliquant certains occupants.

« J’ai des amies pour qui j’ai dû aller me disputer, parce que certains résidents sont très oppressants pour elles. Ça s’est produit plusieurs fois, mais aucune plainte ne remonte jamais », raconte l’un.e d’entre elleux sous le couvert de l’anonymat. « La sécurité ne dépend pas uniquement des infrastructures, mais aussi des attitudes individuelles », poursuit un.e autre. Pour Mme D’Amours, il est évident qu’au-delà des efforts de sécurisation, une réflexion globale autour du vivre-ensemble s’impose.

L’Université travaille également avec le BRP sur le projet Campus sans peur qui vise, entre autres, l’amélioration de l’éclairage et l’ajout de bornes avec des téléphones d’urgence. « On va circuler sur le campus avec des groupes puis on va identifier justement c’est quoi notre sentiment de sécurité, qu’est-ce qu’on pourrait changer ici, puis faire des recommandations », précise Christine Delarosbil. Cette mesure vise à agir directement sur les facteurs environnementaux pouvant entraîner des situations à risque. 

Formation obligatoire sur les VACS

Un des souhaits de la rectrice est d’augmenter la participation à la formation chez les personnes étudiantes et les employé.es : « Je persiste à croire que c’est le meilleur outil », plaide-t-elle. Lancée en 2019, la formation obligatoire sur la prévention des VACS avait d’abord connu un véritable engouement avant de voir sa participation diminuer. La CADEUL multiplie d’ailleurs les efforts de mobilisation sur ses réseaux sociaux pour inciter la population étudiante à la suivre. Comme le souligne Christine Delarosbil, c’est un problème que partage l’ensemble des cégeps et des universités.

« Il y a des personnes qui ne vont pas se sentir concernées ou vont [la] compléter rapidement sans réellement porter attention », explique Stéphanie Couture, professeure en sexologie au département de psychiatrie et neurosciences à l’Université Laval.

 

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Si Mme Couture reconnaît la valeur de cet outil de prévention universelle, elle apporte une nuance importante : « Ça se veut efficace jusqu’à un certain point. Des fois, quand on cible tout le monde, on ne rejoint personne ». Selon elle, il est nécessaire d’agir à plusieurs niveaux et de cibler davantage les groupes présentant un risque plus élevé de commettre des violences sexuelles.

Mme D’Amours reconnaît les limites de la formation en ligne et souhaite que l’Université renforce l’éducation sexuelle, tant sur les enjeux de harcèlement et de violences que sur les nuances culturelles. Selon la sexologue Stéphanie Couture, il est primordial de sensibiliser les personnes étudiantes étrangères dès leur arrivée : « C’est quand même important de [les] informer sur les codes de séduction ou sur le fonctionnement du consentement ici, au Québec ». Pour elle, cette démarche favorise également une intégration réussie.

Création du Bureau du respect de la personne 

À l’époque, les personnes victimes de VACS étaient d’abord dirigées vers le Centre de prévention et d’intervention en matière de harcèlement (CPIMH). L’Université a ensuite bonifié son offre avec le Centre d’intervention et de prévention des violences à caractère sexuel (CIPVAC). Elle a également embauché la sexologue Christine Delarosbil afin de développer le volet prévention sur le Campus.

Devant la complexité du parcours administratif, les deux centres ont finalement été regroupés au sein du Bureau du respect de la personne (BRP). « L’idée, c’était vraiment de réduire au minimum le dévoilement, et s’assurer qu’il y ait quelqu’un qui prenne cette charge-là pour elle, et être vraiment à l’écoute des traumas », explique Mme Delarosbil.

Depuis 2022, le BRP « a le grand chapeau d’accueillir, d’accompagner les personnes pour leur donner du soutien, puis aussi faciliter le processus de signalement et de plainte », explique la directrice du BRP, Julie Bilodeau.

Julie Bilodeau, directrice du BRP et Christine Delarosbil, sexologue et conseillère au BRP. Photo : Marie Tremblay.

Aujourd’hui, le BRP offre de nombreux ateliers et formations pour toute la communauté universitaire. Il travaille également en étroite collaboration avec la CADEUL et le Centre d’aide à la communauté étudiante. Julie Bilodeau spécifie que « la politique en violence à caractère sexuel s’applique partout, même en dehors de l’Université, dès qu’il y a deux membres qui sont impliqués », et ce, autant pour les étudiant.es que les employé.es. 

Pour Mme Bilodeau, il est essentiel de préciser qu’une personne faisant des démarches auprès du BRP n’est en aucun cas impliquée dans un processus de dénonciation. « Avoir un Bureau du respect de la personne, qui n’est pas nécessairement un bureau où tu vas porter plainte, mais où on va t’écouter, on va te respecter, on va t’accompagner, c’était très, très important pour nous dans la démarche », explique Sophie D’Amours.

Portrait des VACS dans les universités

Bien que le Plan d’action gouvernemental 2022-2027 pour prévenir et contrer les VACS  prévoyait une étude sur les violences sexuelles en milieu d’enseignement supérieur, il a été annoncé en novembre 2025 qu’elle n’aurait finalement pas lieu. Par conséquent, les données de l’enquête ESSIMU (Enquête Sexualité, Sécurité et Interactions en Milieu Universitaire), effectuée en 2016, demeurent les plus récentes statistiques provinciales disponibles sur le sujet.

 

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Au BRP, à l’aide de leurs rapports annuels et de la collaboration avec différentes chaires de recherche, l’équipe arrive à observer des tendances très localisées. Selon la directrice Julie Bilodeau, les chiffres des cinq dernières années sont stables, mais ne diminuent pas. Entre 80 et 100 personnes consultent le BRP en lien direct aux violences à caractère sexuel chaque année. 

« Si c’est stable, ça veut dire que ça régresse, parce qu’on a beaucoup plus d’étudiants sur le campus qu’il y en avait et qu’il y a plus d’employés et plus de personnes aussi qui viennent sur le campus », a réagi la rectrice, questionnée sur les chiffres. 

Stéphanie Couture rappelle que l’enquête ESSIMU avait révélé que seulement 9,6% des personnes victimes de VACS l’avaient signalé à leur université. « S’il y a autant de personnes qui restent dans le silence, il y a sûrement presque autant de personnes qui ne vont pas consulter le BRP pour s’engager dans un suivi », suppose la sexologue. 

Une bataille loin d’être gagnée

Le dixième anniversaire des agressions dans les résidences survient dans un climat préoccupant. Au début du mois de mars, une étude internationale menée dans 29 pays révélait qu’un homme de la génération Z sur trois estime qu’une femme devrait obéir à son mari. Parallèlement, les voix masculines occupent une place grandissante dans l’espace public, alimentant un certain recul. 

« Je dirais, peut-être, qu’on est même dans un petit backlash actuellement, étant donné le contexte géopolitique dans lequel on évolue, où il y a un peu plus de radicalisation », observe Julie Bilodeau. De son côté, la rectrice Sophie D’Amours se dit préoccupée par la présence de drogue sur le campus et par les violences sexuelles dans le milieu sportif.

Une chose demeure claire : la prévention et la sensibilisation restent essentielles. « Plus on en parle, plus on démystifie », insiste Julie Bilodeau. Un avis que partage Sophie D’Amours : « Il ne faut pas que ça s’essouffle. Il faut qu’on continue de former tous les jeunes. »

À lire dans ce dossier :

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Victime ou témoin d’une situation de VACS ? Des ressources d’aide sont offertes à l’Université. Les démarches sont confidentielles et respectent le cheminement de la personne.

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