Documentaires face au territoire : Dans la forêt 

Cette année, la 44ème édition du Festival International du film sur l’art (FIFA) offre à nouveau de découvrir les derniers documentaires sur l’art. Certains, tel que c’est le cas de Plus rien n’est égal par ailleurs, proposent de réfléchir au rapport entretenu par les populations avec leur territoire. C’est un effort reflété au cinéma Le Clap qui a, de son côté, récemment accueilli la première médiatique de deux documentaires québécois abordant la relation de l’Humain avec la nature : entre alpinisme avec Au pied du mur (Elkin, 2026) et suivi télémétrique de la faune avec Dans la forêt (Ferland, 2026). Venez découvrir ces films grâce à notre équipe ! 

par Léon Bodier, chef de pupitre aux arts et à la culture 

Dans la forêt : essai poétique sur un territoire disputé

Cet essai documentaire de Pascale Ferland se propose comme une exploration des liens profonds entretenuent entre la civilisation et la forêt, ainsi que les animaux qui dépendent d’elle. On découvre alors un espace québécois qui, face aux bouleversements climatiques, murmure l’urgence de protéger l’équilibre sensible et fragile qu’entretient la faune et la flore avec l’humanité, entre volontés de protéger et d’exploiter.

Scénario : Pascale Ferland | Réalisation :  Pascale Ferland | Direction de la photographie  : François Jacob, Dominic Leclerc, Luc Farrell | Montage : René Roberge | Prise de on : Marie-Pier Sévigny, Martine Morin  | Conception sonore et mixte : Olivier Calvert, Hans Laitres​​ |  Musique : Philippe Lauzier | Production :  Les Films de l’autre  | Distribution : Les Fims du 3 mars | Casting : Jack Lambert, Dierdre Wolownick, Alex Honnold

Le noeud de cet échange se fait par le témoignage : un groupe d’ornithologues, deux herpétologues attentifs aux amphibiens, une spécialiste de la bryologie et ses élèves, deux entomologistes forestier, des technologues de la faune, une écologue forestier, un botaniste amateur, mais aussi des chasseurs québécois et de la communauté de Kitcisakik, ainsi qu’un opérateur de machinerie forestière. Tous les intervenants du film composent peu à peu une forêt comme un espace habité de savoirs, de pratiques, de tensions et de dépendances réciproques impossible à réduire à un simple décor ou à une réserve de matière exploitable. Le film trouve justement sa force dans une coexistence entre des approches qui pourraient sembler opposées. Il y a le rapport du naturaliste qui cherche des fleurs rares, presque comme on part à la rencontre d’un secret, et celui, plus rude, des opérateurs de machinerie forestière qui participent au débardage, au déplacement du bois coupé, à l’économie matérielle du territoire. Ferland ne simplifie pas cet antagonisme; elle le met en scène comme la forme même du conflit contemporain. 

Elle s’approche ainsi de la communauté de Kitcisakik qui plaide : « Voir le caribou s’éteindre, c’est voir notre culture et notre identité s’éteindre. » Pourtant, en parallèle, ils chassent l’orignal par les sons d’appels aux côtés de québécois déplorant les gadgets de supermarché ; « pour 400 piasses tu viens de t’acheter un art ancestral ». En révélant ce que deviennent parfois les savoirs liés au territoire lorsqu’ils passent dans les circuits du marché, les chasseurs invitent à arrêter de penser la forêt à partir de son rendement, sans pour autant nier la nécessité de la présence humaine (trop d’orignaux c’est  aussi? moins de végétations pour accueillir les oiseaux). 

« On parle d’une forêt souvent comme une ressource plutôt que comme un milieu vivant et encore moins comme un lieu démocratique. Nous on a le droit de dire ce qu’on veut que ça devienne », exhorte la réalisatrice. Dans la forêt déplace le débat écologique vers un terrain plus vaste : celui de la souveraineté et de la responsabilité collective. « On est en période électorale en 2026. Peut-être qu’on veut une voix au chapitre. », rappelle Ferland et elle propose un choix politique concret : « Choisir où on va faire de l’exploitation, plutôt qu’où on va faire de la protection ». Plusieur.es nomment le fait que « le capitalisme c’est du court terme alors que la forêt c’est du long terme. Donc ils veulent exploiter des arbres à l’âge de 60 ans, mais ce n’est pas leur maturité ». Un photographe affirme que « sur 20 ans, j’ai perdu 50 % de mon terrain de photo ». Pour toutes ces intervenant.es, il s’agit de reconnaître tout ce que la forêt soutient déjà fragilement : des espèces, des cultures, des métiers, des mémoires, des attachements.

Alternant entre observations silencieuses de l’habitation humaine du territoire, témoignages scientifiques, prises de vues de nuit de la faune, et de jour de la flore, Dans la forêt résonne poétiquement juste. « Le son du film, c’est le langage de la forêt qui est pas Disney, c’est un caractère à la forêt dans son ensemble. Elle nous fait ressentir quelque chose qui est malaisant parce que ce sont des choses importantes à ressentir en ce moment. La forêt a des choses à dire, elle craque et elle grince. », explique Ferland sur ces choix techniques cherchant à faire admettre que toute possibilité de réparation suppose une décision collective. La narratrice Kitcisakik du documentaire souligne : « la forêt guérit, mais seulement si l’on veille et prend soin d’elle ».

Annex : Côté littérature, Lyna Bellamara propose Cultiver la mémoire : Les belles histoires de nos végétaux menacés dès maintenant en librairie : un recueille d’histoires pour rappeler qu’ « on a perdu 75 % des variétés potagères au niveau mondial depuis un siècle », mais qu’il est possible de préserver sa biodiversité locale par les petits gestes du quotidien. 

* photos de https://f3m.ca/film/dans-la-foret/ 

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