Jeudi 26 mars se déroulait la conférence organisée par le comité péquiste de l’Université Laval. Les trois invités, Alex Boissonneault, Benjamin Tremblay et Étienne-Alexandre Beauregard ont suscité le mécontentement de certains groupes étudiants qui ont, de fait, perturbé la conférence.
Par Marie Tremblay, cheffe de pupitre actualité
Des invités controversés
L’annonce des panélistes a fait polémique la semaine dernière, alors que L’AÉSS, la RÉSUL et la FÉMUL1 dénonçaient le panel composé uniquement d’hommes, ainsi que les discours « haineux » de ces derniers.
Le premier, Alex Boissonneault, député péquiste, s’est fait reprocher ses « tendances de droite », notamment en raison de ses propos sur la « capacité d’accueil 2 » en immigration. Benjamin Tremblay, animateur du podcast 7 jours sur Terre et commentateur politique s’est lui aussi fait critiqué pour ses positions en matière d’immigration. Néanmoins, Étienne-Alexandre Beauregard reste l’invité le plus polarisant. Ancien conseiller politique de François Legault, il est maintenant chercheur à l’Institut Cardus. Cette organisation chrétienne tient des discours très traditionalistes sur la famille et défendent une perspective « pro-vie ». Par ailleurs, Beauregard fait des chroniques à Radio X et QUB radio au micro de Richard Martineau.
Après l’annonce, la RÉSUL et la FÉMUL avaient demandé l’annulation de la conférence. Le tout a fait boule de neige sur Facebook, alors que les commentaires sous leurs publications exprimaient un grand désaccord avec cette prise de position. Le panéliste Benjamin Tremblay a dénoncé une « culture de l’annulation » et a qualifié les associations de groupes radicaux.
Face à la tournure des évènements, les associations étudiantes ont clarifié leur position. Selon elles, « les trois panélistes ne sont pas nécessairement “problématiques” au même degré, mais c’est précisément leur présence groupée qui pose problème ».
Questionné sur le choix des invités, Étienne Tousignant-Dufour, l’organisateur de la conférence explique que la planification de l’événement a été un long processus. « La seule chose que je peux dire, c’est que la première personne à qui on a parlé, c’était une femme. Alors, ça peut peut-être déjouer certaines idées préconçues », a-t-il justifié.
Une conférence mouvementée
Un courriel d’ordre confidentiel appelant les étudiant.es à se mobiliser pour faire une « action de blocage » pendant de la conférence a fuité sur les réseaux sociaux. Craignant le pire, l’Université à fait appel au service de police et a fortement renforcé la sécurité dans le pavillon Desjardins pour l’événement.

La conférence a débuté dans le calme devant une salle comble. Après quelques minutes, des manifestant.es ont coupé la parole aux invités à plusieurs reprises. Un à un, iels se sont exprimé.es sous les huées de la foule avant d’être escorté.es par la sécurité. La grande majorité des manifestant.es ont toutefois exprimé leur mécontentement dans le silence en brandissant des papiers écrits « Je suis en désaccord avec cette conférence ». Aucune action violente n’a eu lieu, ni de la part des personnes étudiantes ni de la sécurité.
« Il y a des gens qui ont amené des affiches, ça ne me dérange pas trop. Il y a d’autres façons qui sont peut-être moins appropriées », a commenté Étienne Tousignant-Dufour.

Les associations étudiantes, pour leur part, on écrit dans un communiqué « qu’elles n’ont ni organisé ni incité » les étudiant.es a perturbé la conférence et qu’elles « ne cautionnent pas » les gestes qui ont eu lieu.
Elles ont préféré organiser une discussion avant la conférence pour ouvrir un espace de discussion dans le but de favoriser un discours plus égalitaire. « Nous trouvons qu’avoir trois pénalistes qui ont la même opinion et qui s’adressent à une foule plus influençable ne représente pas une vraie discussion sur l’avenir du Québec », explique Elliot Marchand, coordo externe de l’AÉSS. Une vingtaine de personnes ont participé à la discussion.
Il est important de nuancer que les panélistes n’ont pas la même opinion, même s’ils ont des idées qui se recoupent sur certains sujets. Ils l’ont d’ailleurs bien exprimé au début de la conférence.
Malgré les dérangements, le comité péquiste, tout comme les panélistes considèrent que la conférence a été une réussite. Alex Boissonneault s’est dit satisfait de son passage à l’Université. Pour Benjamin Tremblay, cet événement montre que la culture de l’annulation perd du terrain, mais surtout l’intérêt de la population pour la liberté d’expression. « Au bout de la ligne, ça a donné plus de visibilité [à l’évènement] », a conclu Benjamin Tremblay en entrevue au FM 95,3.
1 Les associations étudiantes référées tout au long du texte sont :
- le regroupement des étudiantes et étudiants en sociologie de l’Université Laval (RÉSUL), l’association des étudiantes en sciences sociales de l’Université Laval (AÉSS-UL),
- l’association des étudiantes et étudiants en anthropologie de l’Université Laval (AÉÉA-UL) et
- les Féministes en mouvement de l’Université Laval (FEMUL)
2 Pour en apprendre davantage sur le concept de « capacité d’accueil » :


