Cette année, la 44ème édition du Festival International du film sur l’art (FIFA) offre à nouveau de découvrir les derniers documentaires sur l’art. Certains, tel que c’est le cas de Plus rien n’est égal par ailleurs, proposent de réfléchir au rapport entretenu par les populations du Québec avec leur territoire. C’est un effort reflété au cinéma Le Clap qui a, de son côté, récemment accueilli la première médiatique de deux documentaires québécois abordant la relation de l’Humain avec la nature : entre alpinisme avec Au pied du mur (Elkin, 2026) et suivi télémétrique de la faune avec Dans la forêt (Ferland, 2026). Venez découvrir ces films grâce à notre équipe !
par Léon Bodier, chef de pupitre aux arts et à la culture
Au pied du mur : chronique d’une ascension partagée
Avec ce film, la cinéaste Alexandra Elkin et son groupe de jeunes grimpeurs.ses s’engagent à l’improviste dans la cour des grands. Ils ont un objectif en tête : escalader l’El Capitan (une formation rocheuse verticale de 900 m de haut) au côté de Dierdre Wolownick, la femme la plus âgée à l’avoir gravi. Au contact d’autres grimpeurs.ses aguerri.es de Red Rock Canyon à Yosemite, iels apprendront de nouvelles philosophies autour de ce sport, déplaçant leurs perspectives sur la vie et l’avenir.
| Scénario : Alexandra Elkin et Etienne Plasse | Réalisation : Alexandra Elkin | Direction de la photographie : Frédérick Breton | Montage : Étienne Plasse | Production : Roxanne Geoffroy, Sandrine Béchade, Serge Desrosiers (Vital Production) | Musique : William Gendreau Coronel | Conception sonore et mixte : Jérôme Boiteau | Casting : Jack Lambert, Dierdre Wolownick |
Sur les plateaux de tournage depuis des années, il fallait à Elkin une raison d’être dehors. L’idée lui est alors venue d’essayer l’escalade, et elle a décidé de continuer « parce que ça donnait des défis centrés sur la résolution de problèmes ». Lorsqu’elle décide, sur un coup de tête, de contacter son idole Dierdre Wolownick, elle ne s’attendait pas à ce que celle-ci lui propose de se joindre au groupe de femmes réunies pour gravir l’El Capitan à quelques semaines de là : on parle d’une douzaine d’heures de grimpe et de marche sur une journée. Quelques hésitations du côté de son groupe amateur, mais Elkin réalise qu’elle ne peut pas passer à côté de cette opportunité.

Une fois sur les lieux, l’équipe choisit d’abord de rejoindre Jack Lambert. Survivant d’un cancer de la prostate et d’une double arthroplastie des genoux, il est surtout, à 73 ans, un mentor et un grimpeur chevronné. Rencontré l’année d’avant au Red Rock Canyon, Lambert a comme devise : « we push ourselves but we do it very slowly ». Il valorise la connaissance accrue du terrain, de chaque crevasse de la paroie et des enjeux stratégiques que celles-ci soulèvent, afin d’arriver au sommet « with style ».
Rassuré par sa philosophie, mais pas par leur équipement d’occasion, c’est l’heure de lendemain de rejoindre Wolownick face à l’El Capitan avec une autre stratégie. « Il y a la peur du danger réel que tu peux voir. L’autre peur c’est ta perception des circonstances, et ça tu peux le contrôler. Et pour l’escalade, il faut le contrôler », explique Elkin. C’est absolument terrifiée et en larmes qu’elle progresse à la verticale pendant 4h sur une des routes les plus faciles de la formation rocheuse. Rapidement, elle réalise que pour contrôler sa peur, elle doit se tourner vers celleux qui l’entourent. Chaque novice et grimpeur.se émérite à ses côtés lui permet d’avancer plus loin. Pour ces dernier.ères, pendant l’ascension, « plus la souffrance est grande, plus le sentiment d’accomplissement est grand ». Iels avaient le sentiment « d’avoir vécu dans le mythique, presque dans le spirituel. » Pourtant, cette sensation de réussite était, pour certains, ternie par le fait d’être profondément conscient.es de ne pas pouvoir réaliser ce qu’iels ont fait seul.es : « J’trouvais ça flamboyant d’être au sommet de El Capitan, mais je me sentais un peu tricheur ».
Au contraire, Elkin explique que : « Ça m’a permis de savoir de quoi j’étais capable, et ça m’a surtout permis de savoir dire non quand je ne suis plus capable. (…) Des exemples comme Deirdre j’en ai pas beaucoup, et sans enlever rien à personne, dans ma vie j’avais besoin d’une femme comme ça. » Ce film n’est pas la narration d’un exploit sportif, comme a pu l’être le gagnant aux Oscars Free Solo (Vasarhelyi, Chin, 2018) auquel il fait souvent référence, mais se construit plutôt comme l’expression d’un besoin de rencontrer une héroïne. Dierdre Wolownick est largement citée comme « la mère d’Alex Honnold », alors qu’à 74 ans, elle est professeure, auteure, musicienne, pentaglotte, marathonienne, grimpeuse, et détentrice d’un record du monde. Pouvoir retracer les pas des femmes venues avant, c’était le moyen pour Elkin et son équipe de se sentir capables de continuer à affronter, au même titre qu’elles, les montagnes et la beauté qu’elles renferment.
Annex : Côté littérature, Guillaume Rivest propose Pagayer : Aventures en canot disponible depuis le 18 mars en librairie : il y partage apprentissages, récits d’expédition et suggestions de lieux à absolument découvrir en Kayak parmi les 500 000 lacs et 4 500 rivières du Québec. Cet ouvrage explique, selon lui, que « le canot, ce n’est pas qu’un sport : c’est une façon de revenir à l’essentiel, de se connecter à notre passé, et de s’émerveiller devant la nature. »
* photos de https://www.vitaldistribution.ca/au-pied-du-mur


