Avec le film Hamnet (Zhao, 2025) dans les salles de cinéma, la pièce Macbeth célébrant sous peu sa première au Diamant, et la comédie musicale de Broadway & JULIET bientôt sur les planches de Montréal, la saison du Poisson se fait sous le signe de Shakespeare. Qu’alors penser du Hamlet adapté et mis en scène par Angela Konrad par le Théâtre du Trident ?
par Léon Bodier, chef de pupitre aux arts et à la culture
Sur les planches depuis le 6 mars, la première semaine a de toute évidence su séduire : moins d’une centaine de billets encore disponibles jusqu’au 29 mars. Que le public ait été attiré par le casting impressionnant mettant Céline Bonnier face à Marie-Thérèse Fortin, ou par la nouvelle direction artistique découverte à travers les autres adaptations du Trident ces derniers mois — l’amour ou rien et Querelle de Roberval — chacun est au rendez-vous.
D’ailleurs, cette nouvelle identité visuelle, Konrad la pousse dans ses retranchements. Trois murs de béton, un canapé blanc, deux poufs et un trou béton dans le sol, cette scène laconique tranche abruptement avec le coeur de cette oeuvre shakespearienne : combinaison entre joutes verbales et monologues dithyrambiques. Un vide visuel qui parfois semble avoir du mal à soutenir son cadre d’action (contrairement à Querelle de Roberval qui avait si bien réussi à le faire), mais qui laisse l’espace à la carte maîtresse de cette reprise : l’intermédialité.
À l’italienne, les spectateur.ices sont tantôt témoins des comédien.nes, tantôt ces dernier.ères se voient être projeté.es à même les murs de béton. Lorsque finalement un personnage décide de s’échapper de la scène, c’est à la guise de l’acte théâtral que prend place une course dans les souterrains du Grand Théâtre. Celle-ci est alors suivie par une caméra embarquant l’œil du public (une visite un peu méta du set de Macbeth à l’étage fini en échange passionné entre les actrices des pièces respectives).
Ce dramatisme très shakespearien, on le retrouve partout dans cette nouvelle approche de l’art de raconter, mais surtout dans les thématiques qu’elle accompagne. Comme dans ses autres écrits, on en vient souvent à se demander pourquoi la royauté du 17e siècle n’est pas plus occupée ; un passe-temps ou un sport-loisirs aiderait vraiment à contrecarrer les manigances naissantes de l’ennui. Et c’est ce flegme, tranchant avec la passion d’Hamlet — ce héros tourmenté aux tirades obsessionnelles — que l’équipe du Trident décide de mettre en avant pour cette révision moderne.
Claudius est un gangster boursouflé dont la calvitie et l’accent new-yorkais préambulent son penchant pervers pour l’attouchement en toute circonstance. Sa femme Gertrude, fraîchement mariée, est une diva peroxydée dont le deuil a réveillé une propension scabreuse pour l’argent et le sexe. Iels sont bien sûr accompagné.es de Rosencrantz, Polonius et Ophélie dont les trajectoires sombrent rapidement dans la débauche au gré d’Hamlet et ses phases dépressives. C’est un choix qui captive par son audace et qui, de manière rafraîchissante, permet un deuxième acte plus drôle et déchaîné que le premier.
Or, ce chaos plonge souvent la pièce dans une contradiction entre sérieux shakespearien et abjecte à la American Horror Story (FX, Murphy), la posant fermement comme une fanfiction où Hamlet serait devenue Taylor Momsen. Au vu du succès des ventes, la courageuse trajectoire éditoriale plaît et se loge, dans tous les cas, très bien au sein du nouveau parti pris créatif du Trident.


