Éditions Alto

Lancement du premier roman d’Alex McCann : Saint-Nicolas-des-Marins

Le 23 janvier dernier, la Librairie Pantoute de Saint-Roch accueillait le lancement de Saint-Nicolas-des-Marins, premier roman d’Alex McCann. Dans cet espace voisin des Éditions Alto, l’auteur a pris la parole pour lire un extrait de son premier roman. Les mots, portés par une voix qui connaît intimement leur poids, ont présenté l’atmosphère singulière de cette œuvre.

par Marie-Rose Dupuis, journaliste collaboratrice

Le résultat de neuf ans de travail

Alex McCann via Éditions Alto

Né en 1995, Alex McCann partage sa vie entre Montréal, Québec et Trois-Rivières. C’est un ancien étudiant de l’Université Laval, où il a fait son baccalauréat et y a également obtenu une maîtrise en études littéraires. Il fait présentement son doctorat à l’Université de Montréal et il enseigne également la littérature au Cégep de Trois-Rivières. Axé sur la poésie jusqu’à présent, son écriture lui a valu une place sur la liste préliminaire du Prix de poésie Radio-Canada en 2021.

L’idée pour son roman a commencé dans une salle de classe. En 2017, lors d’un cours de littérature russe à l’Université Laval, la professeure mentionne Saint-Nicolas-des-Marins, une cathédrale de Saint-Pétersbourg. Pour McCann, alors plongé dans l’univers inquiétant des marins de Jean Genet, le mot agit comme inspiration. Son processus de création sera long : neuf ans.

Ce parcours de création est tissé de synchronicités qu’Alex McCann présente comme « une philosophie de vie » et un « acte de rébellion » contre un monde trop pragmatique. Il décide de voir de la magie au quotidien dans sa vie et d’être à son écoute. C’est d’ailleurs une voyante qui l’incitera à terminer son projet en plus du confinement forcé par la pandémie qui lui permettra de décrire l’isolement que vivent ses personnages. Isolement qu’il peinait à se représenter avant de le vivre lui-même.

Un premier roman

Le récit se déroule dans un village marin au moment où la mer gèle d’un coup. Les bateaux et les hommes restent prisonniers des glaces. Le village est pris dans l’isolation d’un hiver sans fin. Nico, gardien du phare, marchand de plaisir et fils de sorcière, devient alors le bouc émissaire d’une communauté aux abois. Avec le boucher Elio Cabale et des orphelin.es que le village a toujours rejeté.es, il prépare une vengeance sans merci.

L’auteur qualifie Saint-Nicolas-des-Marins de « conte poétique d’autofiction ».  Le choix du conte comme forme narrative n’est pas anodin. McCann est d’abord initié à la littérature par la poésie ; L’homme rapaillé de Gaston Miron l’a profondément marqué et il cherchait à exprimer dans ses écrits ce même « pouvoir d’évocation » et « pouvoir du symbole ». 

« Les temps flous, les époques floues permettent de jouer avec des paramètres, d’ajouter du fantastique, d’ajouter de l’horreur », explique-t-il en entrevue à la radio. Le contraste entre une forme souvent associée à l’innocence enfantine et les thèmes sombres qu’il aborde crée une tension dans le récit et brise volontairement les cadres du genre littéraire. 

L’hiver éternel qui enveloppe le roman constitue, pour cet auteur qui déteste la saison froide, la vision même de l’enfer. La vengeance, thème central du récit, offre une forme de catharsis. McCann ne cherchait pas d’abord à donner la parole aux marginalisé.es, mais plutôt à imaginer leur revanche, « de punir ceux qui ostracisent et rejettent ces gens ». Le livre refuse pourtant la morale facile associée aux contes. L’auteur souligne : « La vengeance fait du bien, mais après? Tu es allé loin, tu as commis des gestes répréhensibles ». Cela est le dilemme que pose inévitablement son roman, mais il laisse aux lecteur.ices le choix d’interpréter ces questionnements elleux-mêmes. 

La structure même du roman reflète le passé de poète de McCann : des sections brèves d’une à deux pages qui encadrent chaque scène avec précision. Cette forme rend la lecture agréable et facile, mais aussi terriblement impactante, comme si la courte page donnait à chaque scène plus d’importance et de visibilité. On retrouve des impressions de lecture de poésie, tout en suivant avec intérêt et curiosité le fil d’un récit narratif propre au roman. Pour les lecteur.ices en quête d’un récit qui accroche dès les premières lignes et qu’on peine à lâcher, Saint-Nicolas-des-Marins se révèle une expérience de lecture intéressante.

Collaboration avec la maison d’édition Alto

À seize ans, lors de son premier emploi, McCann achète La marche en forêt de Catherine Leroux. Ce livre provoque chez lui un véritable choc littéraire, son premier contact avec la littérature québécoise « sérieuse ». Des années plus tard, c’est cette même Catherine Leroux, devenue éditrice chez Alto, qui le recontacte pour discuter de son manuscrit. 

« Pour moi, c’était le destin », confie-t-il.

La collaboration s’avère fructueuse. Antoine Tanguay, éditeur général d’Alto, lui envoie une playlist de chansons évoquant son livre pour l’aider durant sa réécriture sur laquelle il a beaucoup travaillé pour que le roman soit à son meilleur, et ce long travail se résulte aujourd’hui par un détachement de l’auteur qui considère que son travail est terminé. Lors du lancement il a déclaré à ses lecteur.ices : « Maintenant ce livre-là est à vous! »

 

Sources :

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/il-restera-toujours-culture/segments/rattrapage/2278462/entrevue-avec-alex-mccann-pour-son-roman-saint-nicolas-marins

https://editionsalto.com/livres/saint-nicolas-des-marins/?srsltid=AfmBOopHTVVWtBi-2Sz-N0R1D6M-71-gXQ7Wc-ZAG-Dl_mXr0mI8EX0i

Auteur / autrice

Consulter le magazine