Le théâtre Premier Acte, dans le cadre du festival Mois Multi, présente du 27 janvier 2026 au 7 février 2026 le spectacle Féminicides, une histoire mondiale, « une création multidisciplinaire, mêlant art performance, autodéfense féministe, danse, chants grégoriens, théâtre et collages urbains. »
par Vivianne Charland, journaliste collaboratrice
La pièce est inspirée d’un essai du même nom, dirigé par Christelle Taraud. Son ouvrage, divisé en sept parties, aborde de façon non exhaustive les différentes dimensions du féminicide. Chaque partie est un engrenage dans un long continuum historique : de la chasse aux sorcières à la labiaplastie, les formes de violence à l’encontre des femmes sont nombreuses, pesantes, d’une évidence affligeante.
Sur scène, sept interprètes incarnent les sept parties de l’essai. Habillés de rouge – la couleur du sang, de la violence – leurs corps deviennent des lieux symboliques où reposent la mémoire des femmes tuées, disparues, violentées et violées au courant de l’histoire. Les interprètes construisent ainsi un monument dédié aux mortes : derrière elles, des centaines de feuilles de papier sont collées au mur, chacune portant le nom d’une femme victime d’un féminicide.

Un théâtre confrontant
Féminicides, une histoire mondiale est à la fois un théâtre essayistique – pourrait-on dire documentaire – et révolté. Essayistique d’abord, car en arrière-plan, sur un écran qui fait la longueur de la scène, défilent faits, anecdotes et informations complémentaires concernant chacun des sujets, qu’il s’agisse du génocide, du patriarcat, de la colonisation ou du masculinisme. C’est ainsi que chaque phrase soulève un enjeu autour de la question du féminicide : comment la violence se déploie-t-elle, qui sont les victimes, qui sont les perpétrateurs ? Révolté ensuite, car en premier plan se déploient les interprètes, dont les chants, les cris et les mouvements donnent un caractère réel et tangible à la violence. Nous ne pouvons, en tant que spectateur.ice, se complaire dans la distance et le confort en assistant au spectacle. Et nous ne devrions pas.
Par des femmes, pour des femmes
Le spectacle – et tout ce qu’il implique, soit la mise en scène, la conception et la régie, notamment – est réalisé exclusivement par des femmes. Bien que celles-ci soient impliquées dans tous les processus de création, ce qu’elles honorent, en somme, ce sont aussi d’autres femmes. La pièce se termine ainsi par un long et lourd dix minutes de silence. L’audience, qui retient son souffle en l’absence de tout son et de tout mouvement, peut de cette manière saisir l’ampleur du massacre, de ces centaines de femmes – dont nous ne conservons que le nom – qui se sont accumulées tout le long de la représentation.


