Le cinéma est, depuis sa création, utilisé à des fins politiques. Il l’est souvent de façon implicite, et d’autres fois, politique et idéaux sont en plein cœur de l’œuvre. Lorsque les contextes de production censurent ou freinent la création, certains cinéastes et leurs équipes tentent tout de même le coup et risquent souvent gros. C’est le cas du réalisateur iranien, Jafar Panahi qui, depuis plusieurs années, continue de réaliser des œuvres dans un contexte politique extrêmement tendu. Son dernier long-métrage, Un simple accident, sorti en octobre dernier, a remporté la Palme d’or à Cannes et compte plusieurs nominations aux Oscars.
Par Heidi Lalonde, journaliste collaboratrice
Dans Un simple accident, nous suivons le récit d’un ancien prisonnier politique qui, par une nuit tranquille à son travail, croit entendre les pas de son tortionnaire en prison. Est‑ce lui ou une simple coïncidence ? C’est la question qui hantera Vahid pendant toute la durée du long‑métrage. Tourmentés, celui-ci et trois ancien.nes détenu.es, Shiva, Golrokh et Hamid, tentent de répondre à une question : devraient‑ils chercher à se venger de leur oppresseur ou laisser le passé derrière eux ?
Ce dilemme vient le point d’entrée d’une réflexion sur les impacts traumatiques qui suivent les détenu.es après leur libération. Bien que le film soit une fiction, il reflète ce que subissent des milliers d’Iranien.nes dans les prisons politiques. En effet, selon le rapport de 2024 d’Amnesty International, les prisonnier.ères font face à de mauvais traitements comme la surpopulation, ainsi que le manque d’hygiène et de soins médicaux. Par ailleurs, les accusé.es sont privé.es du droit à un avocat et certain.es sont même soumis à la torture (Amnesty, 2025). Aujourd’hui, l’Iran fait l’objet d’une surveillance accrue d’Amnesty International en raison des exécutions massives de prisonnier.ères : selon la Human Rights Watch, plus de 1 000 détenu.es en 2025 (Agence France‑Presse, 2025).
Un film clandestin qui brave la censure
L’objectif d’Un simple accident dans la lutte contre les violences du système iranien est de dénoncer les répressions gouvernementales à l’encontre de la population en attirant l’attention du monde entier sur leur réalité. Pour sa thématique controversée, l’œuvre a été filmée clandestinement en 28 jours ; la production n’a pas demandé l’autorisation du ministre de la Culture (Vanity Fair, 2025). À cet effet, les distributeurs iraniens de ce type de film préfèrent habituellement rester anonymes dans le générique afin d’éviter d’éventuelles représailles. Cette fois‑ci, ils ont choisi de prendre le risque et de se dévoiler, ce qui a d’ailleurs coûté la liberté à certains. Le scénariste Medhi Mahmoudian a été arrêté le 1 février dernier à Téhéran , peu de temps après avoir signé une déclaration qui condamnait les actions autoritaires du régime envers les manifestants (Coyle, 2026). En décembre dernier, Jafar Panahi a été condamné à un an de prison pour ses activités de propagande contre l’État. Actuellement hors du pays, il a une interdiction de retourner en Iran pendant deux ans et de s’affilier à un groupe politique ou social. Ce n’est pas la première fois que le réalisateur fait face à des condamnations. En effet, ol avait déjà été emprisonné 86 jours en 2010 puis 7 mois en 2022 et en 2023 (Agence France‑Presse, 2025).
La détresse des prisonniers iraniens depuis l’offensive du 28 février
La situation des prisonnier.ères depuis l’invasion des États‑Unis et d’Israël est incertaine. Pendant que la population fuit les bombes, ceux‑ci sont toujours enfermé.es derrière les barreaux, sans abri anti‑bombes. Certain.es ont témoigné que les gardes de la prison d’Evin, celle où sont regroupés la plupart des prisonniers politiques, auraient quitté les lieux. Les prisonnier.ères n’auraient accès qu’à du pain comme aliment. D’autres prisons ont également signalé des pénuries alimentaires, ainsi qu’une réduction des services médicaux (York, 2026). Selon Amnesty International, le régime utilise ces conflits pour faire disparaître des prisonnier.ères de manière suspecte. Dans un article publié le 7 mars, l’ONG a révélé que certain.es ont été déplacé.es dans des lieux inconnus et craint pour leur sécurité. De fait, Amnesty International demande que des actions urgentes soient prises : localiser l’ensemble des détenu.es, les déplacer vers des lieux plus sûrs, libérer celleux détenu.es sans justification légale, et rétablir l’internet. L’organisation encourage également le public à soutenir cette cause en participant à sa campagne de lettres afin de faire pression pour la libération et la protection des détenu.es (Amnesty, 2026).
Bibliographie
Agence France Presse. (2025). Le cinéaste iranien Jafar Panahi condamné à un an de prison. La Presse. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2210922/jafar-panahi-cineaste-iran-palme-or-prison
Agence France-Presse. (2025). L’Iran a exécuté au moins 1000 condamnés à mort depuis le début de l’année. La Presse. https://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/2025-09-23/l-iran-a-execute-au-moins-1000-condamnes-a-mort-depuis-le-debut-de-l-annee.php
Amnesty International. (2025). La situation des droits humains dans le monde. Amnesty International. P.254-260. https://www.amnesty.org/fr/location/middle-east-and-north-africa/middle-east/iran/report-iran/
Amnesty international. (2026). Urgent Action – Iran: Prisoners in Iran at risk during ongoing US and Israeli strikes. Amnesty international. https://www.amnesty.org.uk/knowledge-hub/all-resources/urgent-action-iran-prisoners-in-iran-at-risk-during-ongoing-us-and-israeli-strikes/
Coyle J. (2026). Le scénariste Mehdi Mahmoudian, candidat aux Oscar, a été arrêté à Téhéran. Le devoir. https://www.ledevoir.com/culture/cinema/952650/scenariste-mehdi-mahmoudian-candidat-oscar-ete-arrete-teheran
Levesque. F. (2025). « Un simple accident » remporte la Palme d’or à Cannes. Le devoir. https://www.ledevoir.com/culture/cinema/883564/simple-accident-remporte-palme-or-cannes
Patterson K. (2026). César 2026 : Jafar Panahi raconte le tournage clandestin et sous haute tension d’Un simple accident. Vanity Fair. https://www.vanityfair.fr/article/cesar-2026-jafar-panahi-tournage-un-simple-accident
York J. (2026). « Panique et peur » : les prisonniers politiques iraniens sous le feu des bombes israélo-américaines. France 24. https://www.france24.com/fr/asie-pacifique/20260305-panique-et-peur-les-prisonniers-politiques-iraniens-sous-le-feu-des-bombes-isra%C3%A9lo-am%C3%A9ricaines


