[3/3] Dossier VACS : En octobre 2016, un étudiant s’introduit par effraction dans une résidence de l’Université Laval et commet plusieurs agressions à caractère sexuel. L’affaire provoque alors une onde de choc et déclenche une vaste mobilisation à travers le Québec pour dénoncer les violences sexuelles et exiger des changements. Dix ans plus tard, Impact Campus revient sur ces événements et dresse un état des lieux de la situation actuelle.
Par Marie Tremblay, cheffe de pupitre actualité
C’est une des plus grosses Barak de l’année : celle de la Saint-Valentin. Il est 21h, la salle est presque vide. Les étudiant.es derrière le bar se préparent à servir des centaines de consommations. Ce soir, les couvercles, ce sera leur responsabilité. Plusieurs d’entre elleux ont entendu des histoires – des ami.es qui se font droguer dans les soirées – et se disent rassuré.es de l’initiative.
Des histoires, iels ne sont pas les seul.es à en avoir entendues. Très engagée dans la lutte contre les VACS, la CADEUL doit aujourd’hui redoubler d’efforts pour faire face à de nouveaux défis, notamment celui des substances versées à l’insu des victimes dans leur verre. Selon la présidente de l’association, Coralie Duchesneau, « il y aurait eu une augmentation des spikes dans les verres ».
Du moins, la CADEUL a reçu assez de signalements de la part de la communauté étudiante pour prendre les choses en main. « [La prévention] passe évidemment par les événements festifs, parce que c’est un cadre où il y a beaucoup de facteurs de risque », explique Coralie Duchesneau. Ainsi, depuis janvier 2026, les couvercles sont obligatoires sur les éco-cups utilisés dans les événements organisés au Grand Salon du Pavillon Desjardins.
Kellyane Garneau, vice-présidente aux affaires socioculturelles à la CADEUL, explique que si une personne refuse le couvercle, elle ne pourra pas avoir sa consommation. L’objectif est de ne pas responsabiliser les victimes. « Après ça, si tu l’enlèves, ça t’appartient. On ne fait pas la police du couvercle », ajoute-t-elle.

Dans la Barak St-Valentin, les avis sont mitigés. La plupart confie à Impact Campus être content.es de l’iniative. « Non seulement c’est plus sécuritaire, mais en plus tu renverses moins », lance une étudiante. « C’est souvent derrière le bar que ça se passe malheureusement, mais c’est sur que ça ajoute une sécurité de plus », nuance une autre.
La CADEUL est consciente que les couvercles ne règleront pas le problème à eux seuls, mais ils contribuent néanmoins à une réduction des risques et à une prise de conscience du danger. C’est donc une mesure parmi tant d’autres qui permet de rendre la fête un peu plus sécuritaire. Après plusieurs mois d’implantation de la mesure, Kellyane Garneau se dit satisfaite, mais observe toutefois « qu’il y a toujours beaucoup de couvercles qui finissent par terre ».
« Est-ce parce que les gens l’enlèvent et le mettent seulement pour aller au bar ? Je ne pourrais pas dire », conclut-elle.
La nécessité d’un safe space

L’année dernière, Kellyane Garneau avait ouvert l’Espace Pause-toi, juste à côté du Grand Salon. Clairement identifié, cet espace permet à n’importe qui de venir se reposer, où tout simplement s’éloigner de la fête un instant. L’endroit vise la prévention au sens large : on y trouve des condoms, des produits d’hygiène féminine et il est possible d’y recevoir l’accompagnement d’une sentinelle de l’organisme montréalais Scène & Sauve.
L’organisme s’est nouvellement implanté à Québec avec l’arrivée du baccalauréat en sexologie à l’automne 2024. Lors des événements festifs au Grand Salon, quatre sentinelles identifiées par des chandails roses sont présentes : deux restent au local tandis que deux patrouillent la soirée afin de détecter des situations à risques. Le contrat avec la CADEUL leur permet de « tester pour voir si les besoins sont là et si ça fonctionne bien » explique Jessica, la sentinelle coordinatrice. Ce contrat spécifie également que les sentinelles bénévoles doivent être étudiantes à l’Université.
« Le nombre d’histoires que j’ai entendues de proches ou sur les médias de personnes qui vivent ça. Je trouve ça pertinent de pouvoir jouer un rôle pour éviter le plus possible que ça arrive», explique Emmanuel, sentinelle et étudiant en sexologie.

L’enjeu principal du local Pause-toi reste le financement. Kellyane Garneau s’inquiète de la pérennité de l’initiative sur le long terme. À l’heure d’écrire ces lignes, elle n’avait toujours pas reçu de réponse concernant le renouvellement des financements qui lui permettent d’opérer le local.
La CADEUL est loin de s’arrêter là. En plus de continuer son implication au niveau de la campagne Sans oui, c’est non!, elle continue de développer des formations et des ateliers. Elle travaille également à une nouvelle campagne de sensibilisation, dont le déploiement est prévu dans les prochains mois.
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