Crédit photo : Numana

Québec veut devenir un pôle de communication quantique

Après Sherbrooke et Montréal, au tour de Québec d’expérimenter le banc d’essai de communication quantique Kirq. L’opération a été officiellement lancée, hier, au Manège militaire Voltigeurs de Québec par Bernard Duval, président-directeur général de Numana, l’entreprise porteuse du projet.

Par Roger Kponoukon, journaliste collaborateur

Le banc d’essai en communication quantique Kirq est une installation qui permet la combinaison des technologies quantiques et classiques afin de les tester en conditions réelles. Elle sera ouverte aux jeunes pousses, aux spécialistes du développement de technologies, aux institutions universitaires, aux centres de recherche, aux PME et aux grandes entreprises nationales et internationales. 

Pour Bernard Duval, ce lancement est « une phase décisive pour rapprocher chercheurs, entreprises et décideurs publics autour d’un objectif commun ». Ainsi, a-t-il poursuivi, iels pourront « bâtir les réseaux de communication de demain, plus sécurisés, plus innovants et porteurs de retombées stratégiques pour notre société ». D’après le patron de Numana, un organisme à but non-lucratif qui agit comme macro-accélérateur de technologies, ce projet est sans contredit structurant et opérationnel. Il positionne déjà le Québec comme un leader dans le monde pour le développement des technologies quantiques. Ces technologies, informe Natural Resources Canada, exploitent la science quantique et le comportement de particules à très petite échelle pour accomplir des tâches qui ne sont pas réalisables avec des technologies classiques.

Bernard Duval / Crédit photo : Numana

Kirq, c’est quoi ?

Dans le cadre de la mise en service de ce banc d’essai en communication quantique, l’Université Laval assurera l’implantation, l’exploitation et l’animation d’un point d’accès Kirq au Pavillon optique-photonique. Selon Eugénie Brouillet, vice-rectrice à la recherche, à la création et à l’innovation de l’établissement, « cette collaboration permettra à l’Université Laval de contribuer à la structuration d’un écosystème québécois souverain en innovation quantique ». L’expertise de l’Institut National d’Optique (INO) est aussi mise à profit. Pour sa part, l’institut s’occupera de la conception Kirq. Il sera ainsi un hébergeur et animateur technologique de cette infrastructure stratégique dans la région de Québec.

En réunissant industriels, chercheur.es universitaires et partenaires au sein d’un laboratoire dédié, Kirq favorise des expérimentations conjointes dans des conditions réalistes, contrôlées et représentatives des usages opérationnels. Selon Numana, ce banc d’essai permet d’évaluer rigoureusement le niveau de maturité technologique des solutions quantiques, réduire les risques liés à leur intégration et accélérer le passage de la recherche vers des applications industrielles. 

À terme, Kirq contribuera à l’établissement d’une clé cryptographique sécurisée à l’aide d’une méthode ultra-sécurisée appelée la distribution quantique de clé (QKD). Cette dernière rendrait possible l’échange d’une clé secrète qui permettrait à deux parties de communiquer sans craindre l’interception ou l’écoute clandestine. Les technologies actuelles ne garantissent pas entièrement cette protection. De façon précise, explique Numana, le QKD est applicable dans les cas suivants : transactions financières, applications gouvernementales et militaires, échanges de dossiers médicaux, sécurité de l’internet des objets, protections des infrastructures critiques (ports, distribution de l’eau, énergie) et les chaînes d’approvisionnement des produits manufacturiers complexes.

Soutiens publics

Notons que le projet en cours bénéficie du soutien des autorités publiques à divers niveaux. Pour Gilles Bélanger, ministre de la Cybersécurité et du Numérique du gouvernement du Québec, « la mise en service de Kirq est un événement d’une grande portée pour l’écosystème quantique ». Ses outils et ses laboratoires d’expérimentation, a-t-il ajouté, encouragent le développement, la commercialisation et l’adoption de technologies de pointe. « C’est pourquoi nous avons soutenu Numana, à hauteur de 6,5 millions de dollars », indique Éric Girard, ministre délégué au Développement économique régional et ministre responsable de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Au niveau fédéral, l’entreprise peut également compter sur le soutien des autorités. D’après Mélanie Joly, ministre responsable de Développement économique Canada pour les régions du Québec (DEC), l’initiative est à féliciter. Elle pourra bénéficier du soutien continu du gouvernement fédéral qui s’est engagé à investir afin de s’assurer que les PME demeurent compétitives et innovantes. L’objectif est de renforcer le leadership mondial du Canada dans ce domaine émergent.

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