Le métier de thanatologue est un métier intrigant et méconnu à la fois. Je me suis entretenu avec Keven Dumais qui, à 26 ans seulement, est propriétaire de la résidence funéraire Albert Rochette située à Saint-Augustin-de-Desmaures. Passionné de voiture, le jeune homme est loin de cadrer avec l’image type que la société se fait du thanatologue. Portrait d’un métier et d’un jeune homme pas comme les autres.

Par William Lapierre, chef de pupitre société

Rares sont les jeunes enfants qui disent qu’ils vont travailler avec les morts, mais ce fut le cas pour Keven Dumais.

« J’ai été attiré dans ce métier-là dès l’âge de 10 ans. […] J’ai été intéressé par le domaine funéraire en raison de la mortalité dans ma famille. Je suis un gars qui aime les autos et qui a toujours été fasciné par les corbillards. À 10 ans, je me disais que j’allais conduire des corbillards en plus d’avoir mon propre salon funéraire », raconte l’homme originaire de Longueuil.

Une fois l’idée en tête, il s’est demandé par où commencer. « Je me suis renseigné sur les cercueils, les rites
de civilisation ancienne, l’anatomie, la biologie, m’explique M. Dumais. J’ai pensé à devenir médecin ou coroner au travers de tout ça, mais je n’avais pas les notes », poursuit-il.

Ce fut donc le retour au premier amour ; la thanatologie.

Le collège de Rosemont est le seul établissement public québécois à offrir la technique. D’autres établissements privés tels que le campus Notre- Dame-De-Foy, le collège Boréal et le Humber College proposent aussi la formation de thanatologie. D’une durée de trois ans, la technique promet un taux de placement généralement
très bon.

Keven Dumais sort donc du collège Rosemont avec son cours en main prêt à se lancer sur le marché du travail : «J’ai commencé au bas de l’échelle. Je lavais les voitures, je faisais le ménage, etc. » Devant le manque d’occasion en ville, il décide de s’en aller en Gaspésie pour un nouveau défi et acquérir de l’expérience. « Je suis allé en Gaspésie quatre, cinq mois pour m’occuper d’une relève d’entreprise potentielle. Finalement, ça n’a pas marché.»

L’idée d’être propriétaire de son propre salon funéraire demeure l’objectif numéro un et Keven Dumais n’est pas du genre à abandonner. Il faut donc qu’il gagne plus d’expérience et c’est ce qu’il fait avec des passages dans des complexes funéraires de Drummondville et de Rimouski.

De fil en aiguille, on lui donne de plus grandes responsabilités. Finalement, à 25 ans, il s’offre son rêve de jeunesse et devient propriétaire du complexe funéraire Albert Rochette de Saint- Augustin-de-Desmaures. Fondé il y a plus de 50 ans, M. Rochette désirait vendre son entreprise à un passionné comme Keven et non une corporation.

Jamais routinier

Dans ce milieu, la journée typique diffère énormément d’une entreprise à l’autre. Dans un salon funéraire comme celui de Kevin où c’est lui qui s’occupe de tout ou presque, aucune journée ne se ressemble. La taille du complexe funéraire joue beaucoup sur le quotidien des thanatologues.

Comme tout bon entrepreneur, il rappelle que la polyvalence est importante. « Une journée, tu peux faire deux embaumements, une autre, du bureau et une autre, de la peinture ou des travaux mineurs dans la maison. Tandis que dans une grosse entreprise, exemple Lépine Cloutier, la coopérative des deux rives, tu n’as pas besoin d’être polyvalent. C’est beaucoup plus départemental. Tu fais juste du labo ou juste du bureau. »

Chercher des corps à l’hôpital, les transporter, les embaumer ou les incinérer, rencontrer la famille, arranger les funérailles, puis les officier, voici quelques -unes des nombreuses tâches quotidiennes d’un thanatologue.

Monsieur Dumais tient obstinément à s’occuper du volet organisationnel d’un décès. « Ici, c’est un service clé en main. On s’occupe de tout. Le cercueil, l’urne, l’embaumement, l’incinération. Même aux niveaux légal et gouvernemental on s’en occupe. Buffets, signets, fleurs, pierres tombales, gravures, etc. Mon but, c’est que quand la famille du défunt quitte notre rencontre, elle a un poids de moins sur les épaules. Elle n’ plus besoin de s’occuper de rien », décrit le thanatologue. L’aspect non routinier du travail en est un qu’il adore.

Des moments parfois difficiles

Évidemment, tout n’est pas rose dans le monde de la thanatologie. Inutile rappeler que la mort fait partie du quotidien des gens exerçant ce métier, et qu’ils doivent rester professionnels en tout temps. Les thanatologues ne sont pas des robots. ils ont des émotions comme tout le monde.

« On est humain. Je crois qu’on peut démontrer de la tristesse et exprimer notre compassion envers
les familles. C’est normal aussi d’avoir des émotions ».

Monsieur Dumais me raconte un cas qui l’a particulièrement touché. « Au mois de juillet dernier, un jeune homme de 29 ans passionné d’automobiles est décédé d’un accident de la route. J’ai 26 ans, et lorsque des décès touchent des gens qui ont mon âge et qui en plus partagent le même style de vie que moi, c’est sûr que ça m’affecte. »

De plus, le côté financier du business peut parfois être délicat. Je n’apprends rien à personne en vous disant qu’un enterrement peut couter plus de 2500 $. Exiger d’importantes sommes d’argent à des gens endeuillés n’est pas la tasse de thé de tout le monde. Le respect de la famille est primordial. Sans nécessairement marcher sur des
œufs, le tact et la prudence sont de mise.

Malgré tout, Keven Dumais ne voit pas les aspects de son travail comme étant négatifs. « C’est tellement un domaine qui est gratifiant. Les familles sont extrêmement reconnaissantes le travail qu’on effectue pour elles. »

« Les familles viennent pour un service personnalisé. On se doit de comprendre cet enjeu. C’est un service délicat qui doit être fait dans le plus grand respect possible. En aucun cas, le client ne doit se sentir comme un numéro. Dans ce domaine, faut que tu aimes les gens et le service à la clientèle. Ce n’est pas comme vendre un char. Un enterrement, c’est une dépense dont on se passerait bien et il faut en être conscient », relativise-t-il.

Un rapport à la mort différent

Keven Dumais ne se dit aucunement croyant. La religion ne fait pas partie des mécanismes de défense pour une personne comme lui qui rencontre la mort tous les jours ou presque.

Selon lui, notre culture considère la mort comme quelque chose de triste, ce qui ne devrait pas toujours l’être. La mort, lorsque la situation est jugée opportune, peut être une célébration de la vie du défunt. Très calme et très posé, il comprend plus que jamais sa propre mortalité.

« Mon rapport à la mort, par rapport à mon travail, est que je suis beaucoup plus conscient qu’on ne sait jamais ce qui va nous arriver. C’est important de profiter de chaque journée et de chaque moment avec nos êtres chers. On a plus conscience que la vie est précieuse.»

Que se passe-t-il en cas de décès dans la famille proche du thanatologue ? 
Qui s’occupe du défunt ?

« Je me suis occupé de mon grand-père et ça a fait un grand bien pour mon deuil »,
« Si ma mère décède demain, c’est sûr que c’est moi qui vais m’en occuper.Question
de rendre un dernier hommage à ma mère », confie Keven Dumais.

« Un embaumement, c’est une forme d’hommage au défunt. Dans l’émotion est-ce qu’on
va être capable de le faire ? C’est du cas par cas. C’est facile à dire, mais le 
faire c’est autre chose », ajoute-t-il sur la même lancée.