Du 9 janvier au 15 février se tenait l’exposition Her Majesty’s Indians, de l’artiste Jobena Petonoquot, présentée par Ahkwayaonhkeh dans le cadre du Mois Multi. Accessible à tous, l’évènement prenait place dans les espaces de la coopérative Méduse, sur Côte d’Abraham.
par Léann Laquerre, journaliste stagiaire
Pour se rendre à la pièce arrière où se tient l’exposition Her Majesty’s Indians, il faut d’abord traverser l’exposition d’un seul souffle de Sophie Jodoin : le chant choral cru et désolant du collage filmique résonnant jusque dans la pièce où se dressent les œuvres de l’artiste algonquine. Cette atmosphère de vulnérabilité amorce déjà la réception des installations méthodiquement placées dans la petite pièce carrée.
« Mon intention est d’apporter la guérison. […] Si l’histoire est écrite par les vainqueurs, en tant qu’artiste autochtone, j’ai le pouvoir de changer ce récit. » Jobena Petonoquot
Sur les bords de fenêtre, des arrangements de branche de cèdres sont retenus par un ruban rouge royal en boucle. Deux plans de l’exposition y sont laissés avec les noms, et les détails matériels, des œuvres nous entourant. Au centre : Bringer of Death (2018), une tente dressée en tissus brodés, un corbeau en perlage au-dessus de l’ouverture de la tente, où un petit angelot en pierre se repose sur un lit de branchage coniféreux. Quatre tasses de thé siègent aux coins de la tente. La question se pose alors, aidée par l’ambiguïté du titre de la pièce : qui est alors le messager de la mort (« bringer of death»)? Le corbeau, ou les buveurs de thé qui n’ont pas daigné se montrer à la cérémonie préparée pour eux?
Avec des pièces évoquant nécessairement les pouvoirs coloniaux régissant encore aujourd’hui de nombreux aspects de la vie des premiers peuples, l’exposition exhibe avec précision des enjeux ayant touché, et touchant encore, les Premières Nations. L’Église, la couronne britannique et le gouvernement canadien sont montrés par un peuple qui fut tour à tour leur pupille : les chapelets abondent dans les oeuvres (magnifiquement perlé par l’artiste), la photo Bury Colonialism (2018) cadrée d’une robe bleue enfantine couchée dans une tombe creusée nous accueille sur le mur gauche, une poupée de fillette est enfermée et cachée derrière un voile transparent où il est inscrit «GOOD LITTLE INDIAN » et des chaises de camping autour d’une table à thé sous laquelle sont installées une cuillère et une boîte ronde ne laissent aucun doute sur les institutions critiquées.
Pendant toute la visite, une œuvre marquée par la violence de son évocation: sur un coussin brodé encerclé de dentelle fine se tient un collet en métal, un chapelet en perles rouges et bleues d’où une croix dorée se pend en guise d’appât. Gins of the Church (2022) dénonce tout le rôle de la religion, renforcé par la couronne, dans la perte identitaire des Premières Nations.
Sans diminuer l’envergure des traumas, Jobena Petonoquot tisse un lien entre ses œuvres, faisant l’ode de la force et de la beauté des communautés autochtones. Le perlage, présent sur presque toutes les pièces, et le rapport à la nature et aux territoires, par l’entremise des photos et des plantes incorporées à l’exposition, rappellentque les temps et le monde naturel constituent des endroits de guérison. En confrontant d’abord la violence de l’histoire coloniale, l’artiste clôt son propos en tournant son regard vers un futur d’une douceur que les communautés créent elles-mêmes.


