L’espace de la nature avec Frondescence

Depuis la troisième révolution industrielle et l’avènement du numérique, entre crises environnementales et saturation des images du monde, entretenir une relation apaisée à la nature relève presque du défi. C’est précisément dans cet interstice que s’inscrit Frondescence : méditations autour du temps & de l’espace de la nature, une exposition présentée par Sarah-Jeanne Drouin et Margaux Guillonneau à la Salle d’exposition du pavillon Alphonse-Desjardins, du 16 mars au 17 avril 2026. Faisons un tour ! 

par Léon Bodier, chef de pupitre aux arts et à la culture

“La frondescence, de la racine latine frons/frondis, signifie « se couvrir de feuillage », comme d’une couverture, comme les arbres au printemps. Ce concept évoque un renouveau après une période de dormance, mais aussi un processus doux, lent et rassurant. La thématique s’inspire d’expressions de la culture japonaise, telles que shinrin-yoku et nagori. La première signifie « bain de forêt » et renvoie à l’effet apaisant d’une promenade dans les bois, tandis que la deuxième se traduit par « l’empreinte des vagues » et évoque la nostalgie d’une saison qui s’achève.” 

En invitant douze artistes, les commissaires expliquent que l’exposition cherche à créer une expérience où l’on peut « écouter visuellement, habiter un espace extérieur ». Plus qu’un accrochage, Frondescence se construit comme un espace à traverser où le parcours ne suit pas une logique narrative ou temporelle stricte, mais fonctionne par échos, par rapprochements sensibles entre les œuvres : « il y a des œuvres avec lesquelles tu peux rester, même travailler avec — ça crée une ambiance, un espace mental ». Chaque pratique sculpture, la photographie, le dessin, l’art textile, l’impression végétale, le livre d’artiste, ainsi que l’art vidéo et sonore présente un moyen de vivre la nature, ses lieux, ses paysages et ses rythmes de manière méditative et contemplative en faisant appel à nos sens. Certaines pièces explorent une immersion atmosphérique, où le son joue un rôle essentiel dans la perception : « avec la musique, ça change complètement l’expérience. Ça permet vraiment d’entrer dans l’univers ».

   

L’idée n’est pas d’imposer un discours, mais plutôt d’ouvrir un espace pour ralentir, et sentir le monde. Une fine œuvre de bois, aux courbes évoquant des pelures de crayon, figure l’espace où l’eau et le rivage se rencontrent. Un livre botanique met en relation les savoirs végétaux et la guérison de blessures traumatiques de l’âme. Une couverture regorgeant de graines rappelle le rôle de notre corps au sein de la faune québécoise, ainsi que la possibilité d’y prendre part même après la mort. Des arbres de tissu faits main, ornés d’impressions végétales et de broderies de perles discrètes, soulignent quant à eux l’importance du legs, de pratiques artistiques ancrées dans un lieu, et de cette nature qui l’habite autant qu’elle l’entoure.

Les artistes qui participent à cette exposition sont: 

  • Maude Authier
  • Michèle Barcena-Sougavinski
  • Damien Checoury
  • Francis Gaignard
  • Nova-Katarina Gubash
  • Frédérique Harvey
  • Mélissa Isabel
  • Sandrine Martel
  • Jessica Martin-Lafond
  • Stésy McInnis-Rail
  • Sonia Plourde
  • Alice Roberge

Si Frondescence impressionne par sa cohérence, c’est aussi parce qu’elle repose sur un travail de commissariat* que l’équipe revendique, un rôle encore peu institutionnalisé au Québec. Bien qu’elles aient suivi une formation (autodidacte et à leur propre frais), elles soulignent l’écart avec leur cours d’histoire de l’art à la maîtrise, davantage centrés sur l’analyse et la création que sur la mise en exposition. Ni artistes ni simples observatrices, Sarah-Jeanne Drouin et Margaux Guillonneau occupent une position intermédiaire, souvent invisibilisée. « Le rôle du commissaire, c’est vraiment important pour organiser tout ce qui est visuel et donner une cohérence à l’ensemble », expliquent-elles. Contrairement à la pratique artistique, leur travail consiste moins à produire qu’à articuler : mettre en relation, construire un dialogue, penser un espace. Le commissariat devient alors lieu de responsabilités : choisir, organiser, et surtout faire dialoguer des pratiques hétérogènes. « Le fait d’être plusieurs dès le début, ça nous a aidées à construire quelque chose de cohérent », ajoutent-elles. 

La construction de Frondescence repose ainsi sur un patient travail de sélection et de mise en relation. L’appel à projets a suscité 36 dossiers parmi lesquels les commissaires ont choisi, non seulement en fonction de l’écho qu’elles trouvaient en elles, mais aussi dans le souci de faire rayonner des artistes moins souvent mis en valeur dans d’autres contextes d’exposition. Cette mission reflète celle de la Salle d’exposition du pavillon Alphonse-Desjardins où les projets se succèdent rapidement : « on démonte le jour même, puis le lendemain une autre exposition est montée ». Ce fonctionnement crée un espace dynamique, accessible, où les pratiques étudiantes peuvent se déployer dans toute leur diversité. Certaines expositions sont artistiques, d’autres plus documentaires — mais toutes participent à une même volonté : faire circuler des idées et des expériences.

Les membres de l’équipe sont :

  • Responsable des artistes : Mathilde Gauvin
  • Responsable des auteurs et autrices : Elisabeth Girard-Dionne 
  • Responsable des communications : Kathleen Higgins, 
  • Responsable de la trésorerie et du vernissage : Karelle St-Amand
  • Auteurs et autrices :  Anna Anglerot-Gagnon, Marie Arteau, Capucine Baz-Laberge, Sandrine Bélanger, Jeanne Berthod, Rosemarie Cardinal-Bradette, Charles-Philippe Dubé, Jean-Philippe Dufresne, Karianne Dupont, Jolyane Plante, Éloïse Quintal, Véronique Tardif
  • Graphiste : Catherine Chriscelia Jean-Baptiste

L’exposition ne prétend pas résoudre notre rapport à la nature — elle propose plutôt de le reconfigurer, à petite échelle, dans une relation sensible et située. Une manière, peut-être, de réapprendre à habiter le monde autrement.

* concepteur et l’organisateur principal d’une exposition artistique, scientifique ou historique

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