Le tour du monde en 72 jours, présenté par la troupe-école

Présentée la semaine dernière, Le tour du monde en 72 jours a offert au public de Sainte-Foy une aventure théâtrale aussi ludique qu’engagée. Portée par la troupe-école des Comédiens sans bagage (organisme à but non lucratif fondé en 2012), cette comédie d’inspiration historique revisite le célèbre imaginaire du voyage autour du monde à travers une perspective féministe et contemporaine.

par Léon Bodier, chef de pupitre aux arts et à la culture

La pièce s’inspire du véritable parcours de Nellie Bly, journaliste américaine qui, en 1889, entreprend de battre le record fictif de Phileas Fogg, imaginé par Jules Verne dans Le Tour du monde en quatre-vingts jours. Ce qui commence comme un défi médiatique se transforme en une course effrénée à travers un monde en mutation, où les frontières patriarcales doivent constamment être mises à l’épreuve. À ses côtés gravitent d’autres figures marquantes, dont Elizabeth Bisland, journaliste et femme de lettres américaine, et Emma Goldman, militante socialiste et anarchiste russe.

Plus qu’un spectacle, la pièce devient ici le résultat visible d’un processus de formation artistique soutenu par la Ville de Québec ; celui d’une mission de former et de rapprocher la culture des citoyen.nes. Sur scène, ce sont donc des comédien.nes amateur.ices qui portent l’histoire pionnière, et avec une énergie remarquable jusqu’au dernier soir de représentation. Parmi eux, Maria Alda Scarcella se distingue dans le rôle de Nellie Bly. Arrivée récemment à Québec après cinq années de pratique en improvisation en Italie, elle propose une interprétation mettant en lumière l’impressionnante aisance avec laquelle les élèves de la troupes apprennent à porter un texte complexe avec assurance. Sa présence incarne l’esprit du projet : un espace où des trajectoires diverses peuvent se rencontrer et s’épanouir à travers le théâtre.

L’ensemble de la distribution, signé Carlo Alberton (fondateur de la troupe-école), impressionne par son engagement. Malgré un texte parfois dense — où certains passages explicatifs peuvent alourdir le rythme — les interprètes soutiennent avec assurance une mise en scène exigeante. Celle-ci se distingue d’ailleurs par son inventivité et son souci du détail, proposant une expérience vivante qui maintient à brio l’attention du public.

Avec des spectacles comme Le tour du monde en 72 jours, l’organisme remplit pleinement sa mission. En transformant une structure pédagogique en véritable espace de création, il offre une scène à des artistes émergents, leur permettant de prendre part à des productions complètes, dans des conditions proches du milieu professionnel, tout en contribuant à rendre la culture plus accessible à Québec.

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