Folichonneries, sans mode d’emploi

Cela fait quelque temps que François et Julie n’arrivent plus à se retrouver dans le couple qu’ils forment depuis maintenant 16 ans, que ce soit en elleux-mêmes ou « dans l’autre ». Dépressif.ves et émotionnellement passif.ves, ces milléniaux décident alors de nous embarquer à la redécouverte du concept de « fidélité » vers l’expérimentation sexuelle. Au Clap depuis la fin de la semaine, Folichonneries se présente comme une histoire d’amour franche constellée autant de ces petits rires gênés que d’esclaffements  sincères.

par Léon Bodier, chef de pupitre aux arts et à la culture 

Scénario : Eric K. Boulianne, Alexandre Auger | Réalisation : Eric K. Boulianne | Distribution : Eric K. Boulianne, Catherine Chabot, Florence Blain Mbaye, Étienne Galloy, Sarah Chouinard Poirier, Simone Bellemare-Ledoux, Agathe Ledoux, Antonin Mousseau-Rivard, Sophie Letourneur, Eve Landry, Éric Robidoux, Carolanne Foucher, Nathalie Coupal, Jacques L’Heureux, Rose-Anne Déry, Nicolas Krief, et Julie Le Breton

Avec Avant qu’on explose (2019) et Le Plongeur (2023), la plume d’Eric K. Boulianne s’est définie sur le grand écran à travers un humour du malaise et de l’inadéquation où le rire naît moins de la blague que de l’exposition brute des fragilités des personnages. Ce regard, nourri d’une gêne tendre, joue avec cet humour du malaise social qui ne cherche ni la punchline ni la caricature, mais qui fait émerger le comique à partir de la détresse ordinaire, des ratés de la communication et d’un désajustement entre désir et réalité.

Son premier long-métrage en tant que réalisateur ne fait pas exception ; solitude, honte, masculinités fragiles, intimité maladroite, désir mal formulé, la comédie de Folichonneries arrive comme un effet secondaire du tragique de tous les jours. Sans timidité, Boulianne prend le parti comique du sexe comme un fil conducteur du récit, laissant le.a spectateur.ice rire tout en se sentant un peu complice, souvent inconfortable. 

 

En effet, là où d’autres films utilisent la rencontre du couple pour parler de performance ou d’amélioration du désir, Folichonneries emprunte le chemin inverse. Le sexe n’y devient ni moins gênant, ni plus « sexy » : il demeure imparfait, parfois maladroit. Ici, la sexualité sert avant tout à révéler que l’intimité naît moins de l’acte que de la capacité à s’écouter : le couple se retrouve finalement lorsqu’ils partagent le même lit, mais à d’instance en visio-conférence. François et Julie sont des êtres foncièrement francs, sans peur de l’exploration : iels parlent librement, disent les choses telles qu’elles sont, vont jusqu’à évoquer leur libertinage devant leurs filles de dix ans. Pourtant, peu à peu, iels comprennent que le sexe importe moins que ce qu’il rend possible : se taire un instant, ressentir, laisser place à l’autre, et surtout à soi-même. Le sexe, et donc leur relation, devient alors une rencontre d’une personne avec sa propre écoute, sans murs ni retenue. 

À cette image, Éric K. Boulianne et Catherine Chabot se révèlent profondément, dans une véritable « mise à nu » qui traverse autant leur jeu que le regard de la caméra de François Messier-Rheault, avec qui Boulianne avait notamment collaboré sur le court Faire un enfant (2023). Le directeur photo a su donner au film une texture visuelle intime, un grain déjà reconnaissable dans d’autres films indépendants qu’il a traversé, et qui devient ici une matière visuelle qu’on peut presque toucher, épousant parfaitement l’honnêteté maladroite du récit.

Malgré les apparences, le film tient moins du manifeste pour les polycules Gen Z que d’une invitation discrète à se tourner en d’dans.

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