Crédit photo : Bo Banninck (Image recadrée)

…singing from hell through heaven… avec Adelaida

Formée au chant lyrique (Orfeó Català) et au jazz (Taller de Músics), puis en beaux-arts à Central Saint Martins à Londres, l’artiste barcelonaise Adelaida Antúnez Egurbide développe une pratique vocale décrite comme un univers chorale-électronique à la croisée de la performance sonore et des arts visuels. Après la sortie de ses albums Cántaro (2022) et Muérdago (2024), et des passages dans des festivals comme Eufònic, Primavera Sound, BAM, SheMakesNoise et Sónar, elle est de passage à Québec dans le cadre d’une résidence chez Avatar (8 janv. au 3 mars 2026), culminant au Mois Multi avec …singing from hell through heaven… et l’atelier …lifting the voice…

par Léon Bodier, chef de pupitre aux arts et à la culture

Au Studio d’Essai de Méduse, le 12 février, Adelaida a proposé une performance d’une vingtaine de minutes, suffisamment dense pour laisser une impression persistante. La configuration de la salle participait déjà à déplacer les attentes. Pas de frontalité stricte : un bar, plusieurs tables rondes, des spectateur.rices réuni.es autour d’un verre, partageant un même espace de proximité pendant la performance. Ce cadre quasi convivial entrait en contraste avec ce qui se produisait sur scène : quelque chose de plus éthéré.

Photo par Léon Bodier

Adelaida occupe l’espace avec une économie de gestes qui capte immédiatement l’attention. Elle reste largement statique, mais ses bras se déplacent lentement, accompagnant les variations de souffle et d’octave. Son regard, dirigé vers le public, contribue à cette tension étrange entre intimité et distance. On n’est ni dans le concert au sens traditionnel, ni tout à fait dans une performance théâtrale : plutôt dans une zone intermédiaire. Avec les projecteurs, fumée, halo de lumière : tout concourt à produire une atmosphère vaporeuse. Ce minimalisme scénique, plutôt que de décorer la performance, semble en prolonger la logique : laisser de l’espace à la transformation graduelle des sons. On se surprend à écouter autrement.

Le travail sonore repose en partie sur l’usage du looper, qui lui permet de superposer des sons produits en direct. Bruits de bouche, textures vocales, fragments chantés, souffles, attaques plus rugueuses : la voix construit des nappes, puis se reconfigure. À certains moments, le chant introduit une ligne plus mélodique, sans pour autant stabiliser complètement l’ensemble. Ailleurs, alors que le matériel est éteint, ce sont des bruits de gorge plus organiques, qui prennent le relais. Ce va-et-vient entre voix amplifiée, voix traitée et voix à découvert rend la performance particulièrement déroutante : une manière de faire émerger pour quelques minutes, une autre qualité d’écoute.

Avec …lifting the voice… ce samedi, l’artiste proposait également un atelier invitant les participant.es à redécouvrir la voix comme un instrument vivant en quatre phases : inspiration, écoute, création, clôture. Là où la performance du 12 février donnait à vivre une expérience dense, l’atelier semble en ouvrir la dimension partagée : non plus seulement assister à une recherche vocale, mais s’y prêter. 

Pour en savoir plus sur sa pratique et suivre ses projets, vous pouvez retrouver Adelaida en ligne sur Instagram (https://www.instagram.com/adelaidamusic/) et via son Linktree (https://linktr.ee/adelaidamusic).

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