Qu’est-ce qu’il manquait à mon répertoire journalistique ? J’ai fait de la vulgarisation scientifique, de la sociologie, des entrevues, de la géopolitique, etc. Eh bien pourquoi pas une critique culinaire ! Tous ceux et celles qui me connaissent peuvent affirmer un point, j’en suis encore à trouver la twist pour ne pas percer le jaune de mes œufs lorsque je les fais cuire. Par contre, je sais reconnaître de la bonne « bouffe » quand j’en goûte, et j’adore le plein air. Alors, si un endroit peut mixer les deux, c’est pratiquement l’extase ! 

Par Jimmy Lajoie-Boucher, journaliste collaborateur

 Voilà pourquoi je fais une « critique » culinaire. Ou peut-être pourrions-nous y aller d’un néologisme du style  « critique culino-plein air » ? Peu importe, un tel lieu existe et il se trouve à tout juste 3,5 kilomètres après l’entrée de l’Île d’Orléans. À Saint-Pierre-de-l’Île-d’Orléans, sur la route 368 ou le Chemin Royal — la route touristique, et principale — nous pouvons apercevoir une entrée transversale — le Chemin du Carrefour —, et tout au fond, dans les profondeurs du paysage pittoresque que l’île nous offre, une voie bordée de deux rangées d’arbres bien taillés avec un écriteau où l’on peut lire : Grange Restaurant Vignoble.

Pas trop d’analyse, le simple plaisir
Comme mentionné plus haut, je suis loin de l’expert qui regarde les larmes de son vin pour déduire le taux d’alcool, qui le sent pour savoir s’il s’agit d’un fruité, d’un floral, ou si par malchance, c’est un organique. Alors, pour la rétro-olfaction nul besoin de préciser que je ne m’y risque tout simplement pas. D’ailleurs, ce n’est pas sous cette perspective qu’il faut aborder l’endroit. Il faut vivre le moment présent. C’est d’ailleurs sous cet angle que l’idée d’écrire cet article m’est venue en tête. Comme un agent en mission, je me suis donc mis à tout remarquer sans dire un seul mot de mon intention. Que ce soit aux membres du personnel, comme aux propriétaires qui étaient sur place, je ne voulais pas de surfait. Et franchement, pas besoin de mise en scène pour nous faire apprécier l’expérience.

L’expérience en soi
Quand je suis arrivé, mon premier réflexe fut d’aller explorer les environs. Quiconque avec un minimum d’imagination se laisse emporter dans les méandres de l’esprit humain. Un petit retour intérieur de l’enfant qui sommeille en chacun de nous. La grange, bicentenaire, rehaussée au thème de la vie rustique, le vignoble champêtre, un étang à disposition en guise de touche finale de l’œuvre. Pour moi, c’était le souvenir de mes chasses à la grenouille avec mes amis, du champ que je devais traverser tous les jours pour rejoindre le parc où je jouais. Je voulais profiter des lieux jusqu’au dernier mètre carré.

Une fois le plein air savouré, vint le moment de passer à table. La première question de la serveuse était bien sûr : « Un verre de vin ? » Après avoir vu les vignes qui s’étendent jusqu’à la limite du domaine « you bet que je veux du vin » ! Le sommelier en moi est très bien caché, voire inexistant, mais certaines personnes prétendent que le goût du vin se développe. Personnellement, ce n’est pas vraiment nécessaire, et pour reprendre mes propos plus haut, pas de rétro-olfaction ni de larme pour moi, au contraire. Non, il était bon et ça me suffit. Parfois, la suranalyse tue les plaisirs simples de la vie. Remarquez qu’il s’agit ici de mon opinion personnelle. D’où le plaisir de faire une critique d’ailleurs.

Une de mes craintes, à chaque fois que je visite ce genre d’endroits, c’est qu’il n’y ait pas d’option végétarienne. C’est toujours « la honte » quand il faut commander une salade César, alors que tout le monde y va d’un mets épicurien. Eh bien non, ça ne sera pas pour cette fois la triste salade noyée dans la vinaigrette.  Ils ont aussi l’option « flexitarienne » pour le dire ainsi. Si comme moi vous ne consommez pas de viande, mais vous vous autorisez les fruits de mer à l’occasion, le général tao aux crevettes, « ma foi », il devrait être illégal c’est un pur délice. Sinon, on vous propose une carte variée allant du filet mignon, aux joues de porc, de quoi en faire rêver plus d’un.e.

La fameuse note
Comme tous les critiques culinaires qui se respectent, je me dois de finir mon article par la notation — il est d’usage de l’exprimer sur une échelle de 5 étoiles — de mon expérience. Mais non, il n’y aura pas de note. Premièrement, je n’ai pas la prétention d’être un vrai critique culinaire, mais bien un journaliste qui a simplement passé une agréable soirée avec ses proches. En outre, je vous recommande ce coin paradisiaque trop peu connu du public, pour une expérience comme seule l’Île d’Orléans peut nous faire vivre. En bref, c’est un holisme. Impossible de séparer la partie culinaire de celle de l’ambiance qu’on découvre, en symbiose avec l’atmosphère paisible, rustique et pittoresque de l’île. Allez y faire un tour et tout comme moi, vous ne voudrez pas en repartir. Surtout, ne vous gênez pas pour aller saluer les propriétaires, ils sont géniaux et très colorés. En somme, des gens de passion.