« J’ai un vieux lecteur VHS à vendre, ça vous intéresse ? Il ne fonctionne plus très bien, ne vient avec aucune cassette. Par contre, il est assez joli et pourrait facilement se recycler en un bel article de décoration. Vous souhaitez donner un petit look rétro à votre appartement ? Voilà l’article idéal ! 500 $ et on n’en parle plus. »

Cinglé ce vendeur ? Vous avez bien raison. Qui irait vendre une vieillerie désuète, inutile et défectueuse à un tel prix ? Personne. Enfin, personne de sensé. Maintenant, amusons-nous, changeons quelques mots ici et là et voyons ce que ça donne.

« J’ai la monarchie canadienne à vendre, ça vous intéresse ? Elle ne fonctionne plus très bien, n’a aucune réelle utilité. Par contre, elle est un symbole de notre patrimoine et pourrait facilement se recycler en un objet rassembleur pour tous les Canadiens. Vous souhaitez aviver le patriotisme du peuple ? Voilà l’article idéal ! Quelque 50 millions par année et on en parle plus. »

Comique tout ça ? Je dirais plutôt un peu démoralisant. Ici, le vendeur, on le connait bien. Il s’agit de notre premier ministre canadien, Stephen Harper. Contre vents et marées, cela fait maintenant six ans que le député de Calgary-Sud-Ouest nous pousse dans la gorge la reine Élizabeth II, le prince Charles, Kate, William, un gouverneur général et dix lieutenants-gouverneurs. Ça commence à faire beaucoup de monde de travers dans l’oesophage. Et pas juste dans le mien si on se fie à un sondage national commandé par l’Association d’études canadiennes paru ce dimanche.

Probablement au grand dam de M. Harper, seulement 39 % des Canadiens et Canadiennes interrogés entrevoient la monarchie comme source de fierté personnelle ou collective. Pire encore, 32 % des répondants vont jusqu’à admettre que la monarchie « n’est pas du tout importante ». Sacrilège !

S’il y a quelque chose que je ne comprends pas, c’est bien l’obstination du chef conservateur à vouloir glorifier coûte que coûte la monarchie au Canada. Jusqu’à maintenant, il n’a réussi qu’à se couvrir de ridicule de la même façon qu’il a couvert les murs du parlement et des ambassades de portraits de Sa Majesté. Pourquoi continuer si les Canadiens se fichent éperdument de Buckingham Palace et de ses résidents ?

Le symbole royal est à l’agonie et ça, Stephen Harper ne peut rien y changer. Oui, peut-être que les Conservateurs ne sont pas trop portés sur ce concept que l’on appelle la « modernité », mais ils devront tôt ou tard reconnaître leurs erreurs et marcher de paire avec la population. Qu’ils ne s’inquiètent pas, même en abolissant la monarchie au Canada, ils ne deviendront pas pour autant de « dangereux » progressistes. Ils ne formeront qu’un gouvernement un tant soit peu plus responsable.

Voilà déjà plusieurs années que le lecteur VHS a pris le chemin des ordures chez moi. Est-ce que notre cher premier ministre en fera de même avec la monarchie ? Laissez-moi en douter. D’ici là, quelqu’un devrait peut-être lui faire parvenir une copie de « God Save the Queen » des Sex Pistols. La thérapie musicale en a sauvé beaucoup avant lui, ça mérite un essai.

Raphaël Lavoie