Suivant la mission de l’ACELF qui est d’offrir au personnel enseignant «une vision, du perfectionnement et des outils en construction identitaire par des actions efficaces et novatrices», M. Falardeau, diplômé au doctorat en didactique du français depuis 2002, présentait le vendredi 3 octobre dernier, un aspect de sa recherche effectuée sur le rapport à la culture et les pratiques enseignantes en classe de français au secondaire.

D’après les résultats de son étude à laquelle collaborent 32 professeurs et étudiants en formation, wM. Falardeau affirme que «les professeurs eux-mêmes, sans être questionnés, ont parlé du problème de la grammaire et ont apporté des solutions». Il déclare également que «les enseignants de 25 à 35 ans ont choisi leur métier en réaction à l’enseignement qu’on leur a donné». En effet, parce que le lien unissant l’élève à la grammaire est de niveau affectif, Érick Falardeau propose d’employer une méthode d’enseignement significative pour l’étudiant  plutôt qu’uniquement théorique : «On ne respecte pas la pensée du jeune lorsqu’on ne travaille que des règles en classe», avoue-t-il.

Entre deux grammaires, une réforme
Afin d’adopter une méthode d’enseignement propice à la bonne réceptivité des élèves, les professeurs doivent d’abord être en mesure de bien intégrer les notions de la nouvelle grammaire, qui paraissent équivoques pour certains. Jean Fortin, professeur de français depuis 25 ans au collège de Champigny, admet : «La grammaire est de plus en plus ambigüe pour les enseignants. Ils restent donc dans leur garde-robe… ils ne font plus la grammaire comme avant, elle est maintenant étouffée. Depuis la réforme, la grammaire est un outil qui fait peur.»

De plus, pour M. Fortin, le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ), en adoptant la nouvelle réforme, «a voulu simplifier et changer la terminologie en regroupant des exceptions, mais en la simplifiant, il l’a compliquée». D’un autre côté, Louis Morneau, enseignant le français depuis quatre ans au campus Notre-Dame-De-Foy, soutient qu’ «il n’y a aucune différence entre les deux grammaires, on a juste changé les exceptions».

Sachant que le métier d’enseignant est le seul au Québec n’ayant pas d’encadrement et ne fournissant pas de formation continue obligatoire, on comprend mieux pourquoi certains professeurs méconnaissent, malgré eux, la grammaire. En 1995, alors que le MEQ imposait un tout nouveau système grammatical, les professeurs se sont retrouvés face à de nouvelles règles et ont dû les enseigner rapidement, sans toutefois recevoir de formation adéquate.

M. Falardeau décrit ce problème d’encadrement comme suit : «L’enseignement est le seul domaine au Québec où il n’y a pas de formation continue; on mise sur la liberté d’enseignement. C’est comme ne plus donner de formation à une infirmière après 20 ans de carrière.» À cet effet, Jean Fortin ajoute que «le ministère a oublié de faire une cohérence dans sa réforme. On manque d’uniformité, on devrait avoir le même principe qu’en France, qu’en Belgique et qu’au Maroc.»

Les professeurs ne manquent pas de motivation
Par son implication sociale en offrant des ateliers, des colloques et des conférences afin d’informer les professeurs des méthodes d’enseignements appliquées et proposées par ses sujets de recherche, M. Falardeau permet aux intéressés de «ne pas rester dans l’affectivité, mais de créer un rapport plus épistémique» avec les élèves. Il propose entre autre une attitude réflexive, permettant à l’élève «de se questionner sur la langue, sans se contenter de connaître uniquement les règles».

Ses sujets de recherche ont également exposé d’autres méthodes d’apprentissage, soit en abordant la grammaire avec une dimension historique ou en jouant avec l’interdisciplinarité, comme le fait déjà Louis Morneau : «Il faut trouver des sujets intéressants, qui touchent directement le public, tout en jouant la carte de l’actualité.»

M. Fortin croit pour sa part que ses élèves sont conscients de l’apport d’une bonne qualité du français et qu’ils sont très motivés à réussir : «Ils comprennent que la façon dont ils s’expriment, c’est la façon dont ils vont exercer leur métier.» Il souligne le fait que «les jeunes doivent et devront sans arrêt faire affaire avec l’écrit, dans un monde où l’ordinateur et internet ont remplacé le téléphone».