Lors de l’élection de 2007, le Parti libéral s’était engagé à investir plus d’un milliard de dollars dans le système d’éducation québécois. Selon la ministre, 45% de cette somme ont déjà été dépensés. Le gouvernement sortant, s’il est réélu, compte verser les 550 M$ restants pour pallier le sous-financement des universités du Québec. Dans sa plateforme électorale, le Parti libéral promet d’investir plus de 35 M$ au cours d’un prochain mandat afin d’embaucher plus de professeurs.

Aucune hausse supplémentaire n’est à prévoir dans l’éventualité d’un prochain gouvernement libéral : «Notre engagement est jusqu’en 2012. Nous maintenons notre engagement jusqu’à ce moment». Cependant, l’après 2012 demeure encore flou, et la députée de la circonscription de Fabre assure qu’un dégel asymétrique des frais de scolarité n’est pas dans la mire du gouvernement, bien que cette possibilité ait été discutée lors du dernier conseil général du parti en septembre dernier. Malgré la hausse décriée par la majorité des grandes associations étudiantes de la province, Mme Courchesne croit que l’accessibilité aux études n’en sera pas affectée. «On a le régime d’aide financière le plus généreux au Canada, avec les frais de scolarité les plus faibles au Canada et en Amérique du Nord. Pour moi, l’éducation est très certainement très accessible. Notre objectif est de ne jamais refuser l’accès à quiconque dans nos maisons d’enseignement», soutient-elle.

La situation est tout autre pour les étudiants étrangers, qui devraient voir leur facture continuer de grimper. Si plusieurs pays bénéficient d’ententes avec Québec, ceux n’ayant pas cet avantage pourraient en payer le prix. «Il faut que l’on soit compétitifs avec les autres universités. Les étudiants étrangers sont prêts à payer des sommes beaucoup plus considérables pour aller ailleurs, je ne vois pas pourquoi on se priverait de ces sources de revenus-là», dit-elle, convaincue que cela n’aura pas de conséquences sur le recrutement de ces étudiants.

Prudence
Le régime de prêts et bourses continuera d’être indexé progressivement au coût de la vie, selon la ministre, à raison d’environ quatre à six millions par année. Le retard accumulé par plusieurs années de gel ne sera par contre pas comblé. On évalue à 71 M$ la somme économisée par le ministère au cours des années où l’aide du régime de prêts et bourses n’a pas suivi le prix d’un panier d’épicerie.

Bien qu’elle insiste sur le fait que le seuil de contribution parentale a été majoré à 30 000$, Mme Courchesne n’a pas l’intention de le rehausser dans la prochaine année. «Je sais que ce n’est pas beaucoup, mais la conjoncture ne nous permet pas de le faire cette année, malheureusement. Il faut tenir compte de la conjoncture. Je pense aussi qu’il faut que les parents continuent à soutenir leurs jeunes. Ça m’apparaît important que les parents ne se déresponsabilisent pas. Nos chiffres nous disent que le nombre de personnes touchées est infiniment petit. Il n’y a pas d’universités qui nous ont rapporté des cas d’étudiants refusés par faute de moyens», assure-t-elle.

L’inclusion des pensions alimentaires dans le calcul des revenus servant à mesurer le montant accordé par le gouvernement restera encore pour au moins une année, même si l’argent sert en réalité à combler les besoins de l’enfant. «Je suis très sensible à cette question. Par ordre de priorité, je voudrais d’abord offrir cet aspect avant le seuil de contribution parentale. Depuis 2003, nous avons amélioré le régime fiscal des mères monoparentales […] C’est un dossier qui, pour moi, n’est pas fermé», dit-elle, expliquant que le régime fiscal des mères monoparentales a été bonifié, ce qui augmente, selon elle, de 2000 $ à 5000 $ les revenus des parents.

Gouvernance sous observation
Celle qui a déjà siégé aux conseils d’administration de la Banque Nationale et de Radio-
Canada ira de l’avant avec son projet de loi 107 sur la gouvernance des universités. Ainsi, s’il est adopté, les conseils d’administration seront composés aux deux tiers de membres externes de la communauté universitaire. La députée de Fabre justifie cette décision : «Le principal actionnaire est le gouvernement. C’est l’ensemble de la population qui est le principal actionnaire des universités. Pour moi, c’est extrêmement important que les redditions de comptes se fassent correctement. On ne se mêle ni de la recherche, ni de l’académique. À partir du moment où les budgets des universités sont à 70% financés par la population du Québec, je regrette, il faut que, sur le plan administratif, les universités non seulement en tiennent compte, mais aussi qu’elles rendent des comptes quantitatifs et qualitatifs à cette même population qui paie pour le fonctionnement des universités. Ça m’apparaît un concept fondamental en démocratie.» Bien qu’ils aient été consultés à plusieurs reprises par la ministre à cet effet, les recteurs des universités québécoises gardent encore une certaine retenue à commenter ce qui pourrait modifier profondément la dynamique d’administration des établissements d’enseignement supérieur.