Paysage électoral urbain

Photo: françois-xavier boulanger-nadeau

Saviez-vous, vous électeurs dans Louis Hébert, qu’en plus de devoir choisir un candidat parmi les quatre en lice –le Parti vert n’a toujours pas de candidat dans le comté- vous devrez trancher entre deux candidats conservateurs si vous votez pour ce parti? Regardez les poteaux qui ornent les limites du comté avec celui de Québec et vous comprendrez. C’est l’art d’exploiter le vide. Par exemple, au coin de Myrand et René Lévesque, sur un poteau qui ne semble appartenir, ni au comté de Louis Hébert, ni au comté de Québec, on y a apposé deux affiches, question de ne pas se tromper. La loi sur l’affichage électoral est claire là-dessus. C’est-à-dire qu’il n’y a pas vraiment de règlement. En fait, il y en a à peu près deux. Vous étiez au courant qu’un propriétaire ne peut permettre à son locataire d’afficher son allégeance politique? Vive la démocratie. Par contre, il est fortement déconseillé d’en arracher une. Ça relève de la propriété privée. Privilège politique?

Est-ce normal que les politiciens aient le droit de placarder l’espace public de leur bouille pendant plus d’un mois? Pourquoi, par exemple, les entreprises étudiantes estivales n’ont-elles pas le droit de faire de la publicité gratuite, ne serait-ce qu’une semaine, pour s’afficher. Il ne faut pas se méprendre. Gagner un siège à la Chambre des communes, à l’Assemblée nationale ou dans un Conseil municipal est aussi une question d’affaires. Une affaire de plusieurs dizaines de milliers de dollars, sans compter les avantages. Si on postule pour un travail quelconque, a-t-on le droit de placer une affiche à notre effigie devant l’entreprise qui fournira l’emploi convoité?

Imaginez, si l’élection partielle dans Jean-Talon n’avait pas eu lieu en même temps que l’élection fédérale. Pendant plus de deux mois ces œuvres publicitaires à la bouille pas toujours digne de confiance nous auraient ensorcelé le paysage. Ajoutons le spectre d’une élection provinciale pouvant être déclenchée n’importe quand et l’on frissonne à l’idée d’ajouter un autre mois.

Le plus drôle, dans tout ça, c’est que la ville de Québec est justement en train d’essayer de modifier les règlements sur l’affichage commercial en le restreignant. Un premier règlement adopté au début de l’été contraignait les commerçants à réduire considérablement la taille de leurs enseignes. Qui a réussi à faire reculer la ville? Les pétrolières. L’argument utilisé? En réduisant le format des affiches servant à annoncer leur prix, la compétition entre les stations allait être affectée, ce qui aurait pour conséquence une augmentation. J’espère que vous ne sursauterez pas en apprenant que la ville a reculé. Maintenant, l’administration municipale soutient qu’elle est à la recherche d’une solution plus équitable pour tout le monde. En attendant, profitez du paysage publicitaire politique. Ça vous dérange?