Alors que la récession gronde aux portes du Canada, Ottawa vit une crise politique d’une intensité sans précédent. Les conservateurs ont causé l’indignation générale en proposant des mesures aux visées idéologiques et complètement inappropriées au contexte actuel dans son énoncé économique de la semaine dernière.
Selon les économistes de Desjardins, la réduction des dépenses, soutenue dans l’énoncé, pourrait contribuer à amplifier la récession. Aucune mesure d’importance pour soutenir l’économie n’a été mise de l’avant. Rien pour l’emploi, et aucun grand projet pour stimuler l’économie. Alors que le Fonds monétaire international recommande un effort équivalent à 2 % du PIB pour revigorer les économies, le Canada marche à reculons en réduisant ses dépenses. Selon l’OCDE, les États-Unis ont investi près de 1 500 milliards en mesures de relance, l’Allemagne 213 milliards, la Grande-Bretagne, 418 milliards et la plupart des autres pays développés ont suivi cette tendance. Bien que la récession n’ait pas encore touché de plein fouet le Canada, il semble pourtant évident que la vague approche, puisque notre principal partenaire commercial s’enfonce de plus en plus dans la crise.

Certains économistes restent tout de même un peu plus optimistes. Avery Shenfeld, économiste en chef adjoint à la CIBC, croit que dès février, il pourrait y avoir des mesures plus importantes pour stimuler l’économie. Ce qui rassure les économistes, c’est que Stephen Harper s’est engagé à prendre des mesures en cas de besoin et qu’il n’écartait pas un déficit pour sortir le Canada de la crise. Il y a aussi certains secteurs où il serait pertinent d’attendre avant d’investir des fonds publics, par exemple l’industrie automobile, qui vit une crise grave. À ce sujet, les États-Unis préparent toutefois un vaste plan de sauvetage de ce secteur. Puisque le marché canadien de l’automobile est dépendant de de celui notre voisin, il serait donc plus sage d’attendre pour mettre sur pied un plan complémentaire au plan américain.

Par contre, il n’y a aucune raison pour ne pas agir immédiatement dans plusieurs autres dossiers. Stimuler l’économie maintenant permettrait de s’enfoncer moins profondément dans la crise et surtout, d’en ressortir plus compétitif. Il faut favoriser l’investissement et soutenir l’emploi. Il est déjà tard pour annoncer de grands projets d’infrastructures, mais s’ils sont lancés dès maintenant, leurs impacts seront significatifs pour amoindrir les effets de la crise. Il est vrai que le Canada est moins affecté que les États-Unis et certains pays européens, mais la confiance joue un rôle important sur les marchés. Le Canada doit suivre le rythme des perturbations mondiales.

L’aspect le plus déplorable de cet énoncé reste, sans aucun doute, toutes les mesures idéologiques prônées par les conservateurs. Le financement public des partis politiques, le droit de grève pour les fonctionnaires fédéraux et le droit à l’équité salariale sont des sujets auxquels on ne peut s’attaquer sans raison valable. La crise économique ne justifie aucunement de couper certains droits et privilèges à la base de notre démocratie a fait. De plus, jouer avec ces éléments n’aurait aucun effet sur la crise économique. Même si les conservateurs ont reculé sur quelques points, dont les subventions aux partis, le fait de les avoir proposé est suffisant pour les discréditer.

L’opposition s’organise pour proposer l’alternative d’un gouvernement de coalition. Bien que ce choix soit douteux au point de vue de la stabilité politique et que cela n’est pas l’idéal en temps de crise économique, cette option reste tout de même la seule raisonnable. Le gouvernement conservateur s’est montré irresponsable et ses mesures idéologiques soulèvent le doute sur les réelles ambitions du parti. En utilisant le prétexte de la crise économique pour mettre de l’avant des manœuvres partisanes grotesques et promouvoir une idéologie froide de droite, le Parti conservateur ne pourra plus avoir la confiance de la chambre sans changer de chef.