Le suspense va bientôt prendre fin. Le Parlement fédéral, prorogé il y a plus d’un mois, va reprendre ses activités le 27 janvier pour accueillir le dépôt du budget. Ce moment tant attendu déterminera le sort du gouvernement canadien. Sous la pression d’un renversement par la coalition, le Parti conservateur semble apprendre à jouer le jeu démocratique. Le premier ministre et le ministre des Finances ont mené toute sorte de consultations, mais une part de l’arrogance conservatrice demeure.

Inspiré par la partie la plus critiquée du plan de relance du nouveau président américain, le ministre Flaherty propose d’inclure dans le budget de nouvelles baisses d’impôts. Les premiers ministres provinciaux qui étaient en consultation la semaine dernière ont rejeté cette proposition et les partis d’opposition menacent de renverser le gouvernement si ces baisses sont incluses dans le budget. Ces réactions étaient prévisibles, car cette mesure n’a fait aucun sens dans le contexte de la récession au Canada.

La consommation ne s’est pas effondrée de notre côté de la frontière. C’est plutôt le marché de l’emploi qui est en péril. En plus de n’avoir aucun effet à court terme, rien ne garantit que ces baisses serviront à doper les dépenses des ménages. Le pessimisme envers les conditions économiques à venir pourrait entraîner les consommateurs à épargner leurs nouveaux revenus. Tout comme les dernières baisses de taxes, cette nouvelle privation de revenu par l’État canadien limitera sa capacité à intervenir dans des secteurs prioritaires.

Selon sa promesse, le ministre des Finances devrait inclure dans son budget des sommes massives pour les investissements en infrastructure. Bien que l’effet de tels investissements risque là aussi de prendre un certain temps avant d’être ressenti pour le marché de l’emploi, cela reste tout de même l’alternative la plus fiable dont dispose le gouvernement. Ce genre de dépenses laisse des traces durables dans notre économie et doit être aussi perçu comme un placement pour l’avenir. L’effet combiné d’une demande de main-d’œuvre et de l’activité générée dans des secteurs périphériques, comme les matériaux de construction, produit un important effet d’entraînement dans l’économie.

Pour avoir un important potentiel de relance, le budget devra nécessairement comprendre des incitatifs pour les entreprises. La baisse de la demande américaine a fragilisé plusieurs secteurs de l’industrie manufacturière. Bien que des sauvetages à l’emporte-pièce ne soient pas souhaitables, il faut que le gouvernement permette aux industries menacées de s’adapter à la nouvelle conjecture. Certains allégements fiscaux pourraient être efficaces, surtout s’ils sont ciblés sur la recherche et le développement. Nos entreprises ont besoin de devenir plus compétitives et elles devront être prêtes à faire face au plan de Barak Obama, qui mise sur un renouveau de l’efficacité technologique.

Lors du précédent énoncé économique, le Parti conservateur avait opté pour des stratégies bassement partisanes pour affaiblir l’opposition. Cette démarche s’est retournée contre lui et les rouages de la démocratie en situation de gouvernement minoritaire se sont mis en marche. Les attentes sont élevées pour le dépôt du prochain budget et les conservateurs y glisseront peut-être des éléments qui ne font pas consensus. Par contre, la coalition ne semble plus aussi solide pour former une alternative en cas de déficiences et le nouveau chef libéral Michael Ignatieff serait bien téméraire de faire campagne avec un parti aux coffres vides.