Le capitalisme effréné des dernières décennies a créé, selon Hervé Kempf, de profondes inégalités auxquelles il est urgent de remédier. «Pour remettre en équilibre une économie qui serait en accord avec l’écologie, il faut absolument passer par la réduction des inégalités. C’est-à-dire sortir de cette logique folle du capitalisme qui pousse les gens à toujours chercher davantage d’argent, qui pousse les classes dirigeantes à accumuler toujours plus de revenus et qui pousse tout le système à chercher une croissance en oubliant à quel point cette croissance est nocive pour l’environnement.»

Malgré ses effets dévastateurs, la crise financière que nous traversons actuellement doit servir à remodeler notre système, afin de l’adapter à de nouvelles réalités. «C’est absolument certain que la crise économique est une bonne chose. Cela nous permet de réduire notre consommation matérielle et nos émissions de gaz à effet de serre», dit le journaliste du quotidien Le Monde.

Loin de s’en réjouir, le réputé journaliste insiste plutôt pour dire que nous devons nous servir de la crise pour prendre conscience des perversités du capitalisme et pour réfléchir sur une façon d’en sortir. Optimiste, il croit que l’Amérique du Nord est en train de prendre conscience que sa richesse est basée sur un endettement «totalement délirant». «Nos sociétés peuvent réagir et se rendre compte que le système qui nous a plongés dans cette crise, et qui −on doit toujours le rappeler−, nous a plongés dans une crise écologique importante, doit changer», insiste-t-il.

Le défi écologique
L’auteur empresse les populations à saisir et prendre au sérieux les signaux toujours un peu plus clairs des effets du réchauffement climatique . «Ce n’est pas un problème qui va se poser dans 50 ans, c’est maintenant», martèle-t-il, citant M. Rajendra Pachauri, président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui produit les rapports les plus élaborés sur les changements climatiques. «Il faut que la planète ait changé sa trajectoire de CO2 d’ici 2015, ajoute-t-il. Les Canadiens et les Québécois sont aux premières loges avec la fonte des banquises. Vous pouvez voir presque en vitesse réelle comment la transformation écologique, le changement climatique est en train d’affecter le monde.»

Privilégiant le modèle coopératif, M. Kempf vante son souci d’égalité et d’équité. Peut-être afin de donner un nouveau modèle économique aux pays émergeants qui, avec raisons, scandent leur droit de polluer pour arriver au niveau de confort des pays industrialisés. C’est maintenant à notre tour de diminuer notre rythme de vie. «Ils sont tout à fait légitimes de dire : ‘‘Vous, vous avez fait quelque chose et vous voudriez que nous on ne le fasse pas.’’ […] Il n’y a aucune raison qu’un Chinois ou un Indien vive beaucoup moins bien qu’un Québécois ou un Français. Alors il faut que l’on accepte», tranche M. Kempf. Selon lui, «la justice ne se pose pas seulement à l’intérieur de nos pays. Elle se pose aussi à l’échelle planétaire. Il faut que l’on accepte qu’il y ait une réduction de notre mode de vie matériel pour précisément, projeter un autre modèle vers les pays du Sud pour qu’ils n’aillent pas eux aussi vers la recherche de ce confort matériel presque sans fin».