L’ombre d’une récession et les fluctuations boursières sans précédent monopolisent toujours l’attention. Alors que la crise financière s’est invitée au Sommet de la Francophonie et que la nécessité d’un sommet international commence à faire l’unanimité, une autre crise reste dans l’oubli.

La crise alimentaire mondiale fait toujours rage. Bien que l’attention des pays riches soit obnubilée par la débâcle du système bancaire, cette autre problématique persiste et se dégrade. Le plus récent rapport de l’ONG Oxfam, rendu public dans le cadre de la journée mondiale de l’alimentation, soutient que le nombre d’individus affectés par la famine a augmenté de 75 millions cette année. L’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annnan, a souligné cette même journée que la crise était grave au point de tuer jusqu’à 10 000 personnes par jour.

Bien que la hausse du prix des denrées et des hydrocarbures ait quelque peu ralenti, l’inflation reste catastrophique dans certains pays en voie de développement. Avec les risques d’une grande récession, les pays riches deviennent plutôt conservateurs quand vient le moment d’honorer leurs engagements. En 2005, la réunion du G8 à Dublin s’était conclue sur une garantie de 50 G$ d’aide au développement pour le continent africain. Une fraction de ce montant a été attribuée jusqu’à maintenant. Cet été, au sommet de Rome, 12 G$ avaient encore été promis par les grandes puissances, mais jusqu’à ce jour, un seul milliard a été versé.

Incapables de monopoliser l’attention, la colère commence à gronder chez certains dirigeants d’ONG. Les pays européens et nord américains ont pris des engagements dépassant les 2 000 G$ depuis le début de la crise financière. Selon Robert Zoellick, président de la Banque Mondiale, 30 G$ seraient suffisants pour régler le problème de la faim pour une année entière, soit moins de 2 % de la somme investie pour relever les marchés financiers.

La situation est doublement critique. Aucun pays touché par la crise alimentaire n’envisage de sérieuses réformes pouvant mener à un réinvestissement massif dans l’agriculture et à la répartition plus équitable des richesses de la terre. Selon Oxfam, la grande ignorance de l’économie a enrichi les grands négociants au détriment des petits exploitants. La famine sévit particulièrement dans les milieux ruraux. La hausse des prix aurait dû enrichir ces régions productrices, mais les investissements publics mal ciblés et le manque de financement international ont plutôt contribué à leur appauvrissement.

Les solutions existent et les pays riches les connaissent et les appliquent. Mesures commerciales pour protéger les petits producteurs, création de réserves alimentaires nationales, faciliter l’accès à la terre et investir de façon importante en irrigation et en mécanisation de la production en sont des exemples. Par contre, les pays en développement manquent de financement et, qui plus est, le peu d’aide envoyé est souvent détourné par des systèmes corrompus ou utilisés pour financer des guerres fractricides.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la proportion de l’aide en investissement agricole est passée de 17 % en 1980 à seulement 3 % en 2006. Si on combine ces problématiques avec la production de maïs utilisée pour la production de biocarburant et les problèmes climatiques des dernières années, il est aisé de comprendre les fondements de la crise.