PHOTO: Courtoisie

L’acte de courir ou marcher est pourtant d’une simplicité propre à ce qu’il doit être. Des vêtements, une paire de chaussures et hop, on devrait être partis. De là ma difficulté à y inclure le claquement d’un bâton sur de l’asphalte, ou la frénésie du calcul de sa fréquence cardiaque. Le plaisir de courir, c’est finir de courir. Pendant, ça devrait être dur, long et sans calcul. Pour être en forme, il ne s’agit pas de calculer ou de s’outiller. Marchez plus vite, courez plus vite, c’est tout. L’image est fascinante car non seulement elle vient ajouter des artifices inutiles au charme de l’exercice, mais elle démontre surtout à quel point le marché de la consommation prend une place importante dans nos vies.

Dans la pureté de l’exercice, le marché est venu mettre sa touche, réussissant à convaincre le plus sincère des athlètes du dimanche que le bonheur se trouve aussi pendant l’effort. La sueur redevient tout d’un coup sexy, accompagnant à merveille des vêtements à la mode et des accessoires à la fine pointe de
la technologie.

Je me dis que c’est peut-être moi, finalement, qui détonne avec mes vieilles espadrilles et mon costume disons le, ordinaire. La vertu moderne convainc que le salut du citoyen ordinaire passe par l’exercice qui purifie le corps et l’esprit. Mais avant de vous pointer le bout du nez dehors, passez donc par la boutique pour vous équiper convenablement. Et surtout, n’oubliez pas vos bâtons pour marcher. Les cannes avant le temps!

Le vrai pouvoir du sport devrait pourtant être celui de la libération de l’esprit. Le marché concentre l’attention sur l’accessoire. La consommation effrénée repose en partie sur ce principe. Il ne s’agit plus de simplement agir, il faut s’entourer de la machine pour le faire. De la bonne conscience que l’on se donne à faire du sport, on oublie l’acte de consommer qui, par le fait même, devient l’acte de polluer et souvent, une contribution au fossé des inégalités.

On a beau accuser les gouvernements de tous les maux, les premiers responsables des horreurs sociales et environnementales que l’on dénonce, c’est nous. Le marché du confort réussi jour après jour à endormir la contestation et à tenir le consommateur dans une sourde imbécillité. Pendant qu’on ajuste la machine, la parade passe.

La prochaine campagne électorale portera sur la résolution de questions que l’on délègue aux élus, alors que la réponse est trop simple pour prendre la peine de s’y attarder. Ce n’est pas le gouvernement qui conduit les voitures, ce n’est pas le gouvernement qui rempli les cartes de crédit. Vous avez déjà été forcé de vous rendre au centre commercial avec un fusil sur la tempe? La solution aux problèmes d’aujourd’hui se retrouve d’abord dans nos têtes, ensuite dans nos poches.

En voyant des gens marcher dans la rue avec des bâtons de marche, des conducteurs se guider avec un GPS au lieu de simplement sortir de la voiture pour demander des indications, sans parler de l’usage frénétique des cellulaires, je me dis que finalement, on est peut-être trop idiots pour profiter de la liberté. Mieux vaut déléguer la souveraineté de l’être au gouvernement.