Alors que les dirigeants présents dans la Vieille Capitale s’affairaient à trouver des solutions à la crise financière qui secoue l’Occident et inquiète les pays en voie de développement, les questions se rattachant à l’essence même de la francophonie ont largement été mises en arrière-plan. Pourtant, la Francophonie joue un rôle déterminant dans plusieurs pays de la planète, où la presse d’expression française, malgré les nombreux obstacles auxquels elle doit faire face, contribue à rendre publique l’information que certains gouvernements tentent de taire. Le prix «Jean Hélène», en hommage au journaliste français du même nom assassiné à Abidjan en 2003, a été décerné cette année à l’Ivoirien Cheik Ivhane en presse radio, et au Béninois Virgil Houessou en
presse écrite.

Une prison en Côte d’Ivoire
Cheik Ivhane est journaliste à la radio Nostalgie Abidjan. Son reportage Dans l’univers de la MACA (Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan), lui a valu d’être récompensé tant pour sa qualité que pour sa témérité. Le journaliste est entré micro caché dans ce centre de correction afin d’y raconter la réalité des détenus. «Pour faire entrer l’appareil d’enregistrement, j’ai dû faire croire que c’était un walkman et que je venais faire écouter de la musique à des amis en cellule. C’est très difficile pour un journaliste ivoirien de bosser. C’est très difficile pour un journaliste d’avoir des contacts avec les autorités, même pour des questions banales. Le journaliste est obligé de se démerder pour avoir la moindre information. C’est quelque chose qu’il faut déplorer», décrit-il. Par son reportage, le journaliste a fait connaître à la population les difficiles conditions des détenus pris avec des fléaux comme la malnutrition, la violence et la prostitution.

Un bébé au Bénin
Journaliste au quotidien l’Événement Précis, Virgil Houessou s’est quant à lui vu félicité pour son reportage écrit intitulé Des bébés prisonniers à l’hôpital. Houessou y raconte le triste sort réservé aux bébés et à leurs parents qui ne peuvent payer les frais d’accouchement par césarienne. «Ce sont des enfants qui, dès la naissance, sont séquestrés dans des hôpitaux. Simplement parce que leurs parents ne peuvent payer les frais d’accouchement par césarienne, qui sont au plus de 152 euros. On séquestre les enfants pour obliger les parents à payer. Ça peut durer un mois, deux mois, trois mois. Ça dépend du temps que les parents prennent pour payer», explique-t-il. Son reportage, qui a interpellé le gouvernement, a conduit ce dernier à rendre gratuits ces accouchements. «En mai dernier, le gouvernement a décidé de rendre l’accouchement par césarienne gratuit. Officiellement, depuis un mois, il n’y a plus de bébés que les mamans ne peuvent plus venir chercher», expose-t-il tout sourire. Deux ans auparavant, la société civile avait manifesté son désaccord sur la question sans résultat.

Le rôle de la francophonie
Conscients des difficultés de la presse sur le continent africain et désireux d’y apporter leur contribution, les deux journalistes croient que l’Organisation internationale de la Francophonie a un rôle déterminant à y jouer. «Il faut que la Francophonie fasse énormément pression, qu’elle contribue à améliorer la condition des journalistes. Un peu partout en Afrique, les journalistes sont très mal payés. La Francophonie doit contribuer à développer les différents organes de presse», soutient Cheik Ivhana. Même son de cloche pour Jean-François Julliard, nouveau secrétaire général de Reporters sans frontières : «La liberté de la presse est encore quelque chose de fragile en Afrique. Elle doit être défendue par tous ceux qui le peuvent». La gouverneure générale Michaëlle Jean, ancienne journaliste, a quant à elle insisté sur le fait «qu’il ne faut jamais prendre la liberté pour acquise. Il ne faut jamais baisser les bras et détourner le regard. Pour les journalistes honorés aujourd’hui, la Francophonie est un espace de résonance. Un espace pour déjouer certaines vues, dont la propagande, et déjouer les clichés».