Le gouvernement libéral fait du développement énergétique du Québec l’une de ses priorités. Dans le projet voulant que le Québec devienne un grand exportateur d’énergie, l’hydroélectricité est élevée au rang de dogme. Bien que cette source d’énergie offre certains avantages, parfois, d’autres technologies peuvent s’avérer plus intéressantes des points de vue économique et environnemental.

Certains groupes, comme la Fondation Rivière, soutiennent que l’énergie éolienne pourrait être plus profitable que les grands barrages. La Fondation a présenté un mémoire démontrant qu’il serait plus rentable de se tourner vers l’énergie éolienne plutôt que de mettre en chantier le coûteux projet de 6,5 milliards de la rivière La Romaine. Selon ce mémoire, la mise sur pied d’un parc éolien ayant la même capacité énergétique que La Romaine pourrait créer 1500 emplois pendant 25 ans tandis que le barrage projeté par Hydro-Québec créerait 2000 emplois pendant 11 ans.

La mise au rencart de l’éolien au profit de l’hydroélectricité n’est pas nouvelle. En 2005, le gouvernement a refusé une offre qui aurait été une alternative écologique et économique à un autre projet, celui de la rivière Rupert. La proposition de la compagnie Siemens aurait généré un investissement privé de 4,5 G$. À cette époque, Hydro-Québec avait caché les dépassements de coûts du projet Eastmain1A/Rupert. Une enveloppe de 4 G$ était prévue à l’origine, mais lors de l’annonce officielle, le montant alloué avait grimpé à 5 G$. En tenant compte du surcoût, la construction d’éoliennes aurait permis de produire au même coût que celui de la dérivation de la Rupert, soit 6 cents le kWh. Ceci sans les impacts majeurs sur l’environnement, tout en créant plus d’emplois.

Le Parti libéral fait tout de même certains efforts pour intégrer l’énergie éolienne à son plan de développement. Par contre, ses objectifs sont à long terme. Dans son Plan Nord, le Parti libéral a promis l’ajout de 3500 mégawatts (MW) en nouveaux projets énergétiques. Le cinquième de cette énergie devrait provenir de l’éolien et de nouvelles sources alternatives. Cet objectif ne devrait être atteint qu’en 2035. Plus encourageant, le plus gros projet éolien de l’histoire du Québec s’est tout de même concrétisé au début de l’été. Quinze parcs éoliens produiront, à compter de 2015, quelque 2000 MW d’électricité, soit presque autant que le projet hydroélectrique de La Romaine.

Selon le ministre Béchard, la production d’électricité provenant de parcs éoliens ne peut dépasser 10 % de l’énergie produite. Cela constitue la limite technique pour assurer la stabilité du réseau. Ce ratio devrait être atteint vers 2015. Les objectifs québécois sont bien décevants lorsque l’on regarde ce qui se fait dans d’autres pays où les conditions météorologiques sont moins avantageuses qu’au Québec. En Allemagne, par exemple, l’objectif est de produire 25 000 MW avec des éoliennes en haute mer (off shore). À eux seuls, les projets off shore devraient représenter 15 % de l’électricité produite dans ce pays. Du côté des États-Unis, l’industrie éolienne est en pleine croissance. L’objectif préconisé par le Département américain de l’énergie est d’atteindre 20 % d’énergie éolienne d’ici 2030. Le secteur est sur la bonne voie. Dès septembre, avec 21 000 MW produits, les États-Unis auront même dépassé le niveau de l’Allemagne, assure le département.

L’hydroélectricité a longtemps été la référence comme énergie propre, car les technologies alternatives n’étaient pas techniquement réalisables à un coût raisonnable. Les impacts des barrages sur l’environnement ont longtemps été ignorés; contamination au mercure, gaz à effet de serre produits par les végétaux en décomposition et atteinte à la biodiversité. Avec le vent de changement qui semble souffler sur les États-Unis et qui est déjà bien engagé en Europe, le Québec aurait tout avantage à développer son expertise.