La dépendance européenne au gaz russe et les besoins mondiaux grandissants en ressources naturelles ont donné à la Russie la marge de manœuvre nécessaire pour agir à sa guise. L’économie russe a beaucoup changé depuis 1998. La puissance eurasienne n’est plus au bord du gouffre financier et sa croissance économique est constante. En 2006 prenait fin sa longue dépendance aux débiteurs occidentaux, avec le remboursement prématuré de sa dette envers le Club de Paris qui devait prendre fin en 2020. Sa croissance économique dépasse les 6?% par année depuis 2000, et le Fonds monétaire international croit que cette croissance rapide va se poursuivre.

Le plus grand avantage de la Russie réside dans ses immenses réservoirs de ressources naturelles. Deuxième exportateur mondial de pétrole et premier de gaz naturel, en plus d’être un exportateur majeur de plusieurs métaux, la Russie est devenue un des acteurs clés qui soutiennent la forte croissance mondiale.

Pendant l’occupation russe de la Géorgie, l’Union européenne a déballé l’arsenal diplomatique avec les visites de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel, mais le ton est rarement monté. L’UE a les mains liées?; ses besoins énergétiques sont comblés en bonne partie par les approvisionnements en gaz naturel en provenance de Russie. Les Européens sont conscients de leur dépendance vis-à-vis du géant Gazprom, une entreprise majoritairement contrôlée par l’État russe et qui fournit 26?% du gaz consommé au sein de l’UE. Certains membres de l’Union ont atteint une dépendance critique, comme les États baltes et la Finlande qui en sont dépendants à 100?%. L’Autriche (à 55?% et l’Allemagne (à 37?%) doivent aussi mettre des gants blancs avec Moscou. Le risque est donc beaucoup trop grand pour l’Europe. En 2006, la Russie avait coupé partiellement l’approvisionnement en gaz à l’Ukraine et la diminution du volume disponible s’était fait sentir jusqu’en France et en Italie.

Les Américains, qui ont pourtant investi beaucoup en Géorgie et qui souhaitent son adhésion à l’OTAN, sont aussi contraints à l’inaction. Il serait difficile de sanctionner un membre du Conseil de sécurité de l’ONU avec lequel les États-Unis concertent leur actions quant à l’Iran en l’isolant diplomatiquement. Même l’utilisation de l’arme économique, promulguée par les Républicains, est improbable. La Russie n’est pas membre de l’OMC et la menace des États-Unis de bloquer son adhésion a perdu son lustre après les récents échecs du cycle de Doha portant sur la libéralisation du commerce international. Sur le plan des échanges commerciaux, les sanctions seraient inefficaces contre la Russie puisqu’elle représente seulement 1,4?% du commerce extérieur américain. De plus, dans une économie mondialisée, un accord uniforme à travers le globe est nécessaire pour que des sanctions atteignent leurs buts.

Malgré l’absence de pressions économiques, une des causes du retrait partiel des troupes russes a des racines financières. Le 8 août, jour de la contre-offensive du Kremlin, la Bourse de Moscou a chuté de 6,5?% pour clôturer à son plus bas niveau depuis la fin de 2006. En une semaine, la Banque centrale a enregistré une baisse record de 16,4 milliards de dollars des réserves monétaires du pays. Selon le journal russe Kommersant, le conflit géorgien a effrayé les investisseurs et entraîné l’incertitude sur le marché des changes et par rapport aux perspectives de l’économie en général.

Bien que l’économie mondiale dépende maintenant de la Russie, son ouverture au commerce l’a rendue dépendante des marchés. Des guerres brutales comme celle en Géorgie font fuir les investisseurs et la Russie a besoin d’eux pour moderniser et diversifier son économie.