Les répercussions de la crise financière commencent à transparaître dans l’économie réelle. L’Amérique du Nord est touchée. Selon les agences nationales, la stagnation laisse place à une légère décroissance. Par contre, plusieurs facteurs font croire que nous approchons d’une période charnière. Les secteurs industriels et manufacturiers nord-américains pourraient connaître un étonnant revirement dans les prochaines années.

La délocalisation des entreprises vers l’Asie est considérée depuis des décennies comme le meilleur moyen d’abaisser leurs coûts de production. Cette stratégie se révèle moins rentable qu’auparavant. Plusieurs entreprises pensent à relocaliser leurs usines près des marchés de consommation, et certaines commencent à le faire. L’augmentation du prix des hydrocarbures, même avec les chutes récentes, a fait gonfler les coûts de transport de manière astronomique. Le baril de pétrole à 20 $ en 2000 n’avait rien pour inquiéter, mais les hausses du brut ont fait tripler les coûts de transport des conteneurs via l’océan Pacifique.

Les faibles coûts de main-d’œuvre sont de moins en moins intéressants. Selon Exportation et développement du Canada (EDC), les salaires en Chine ont augmenté de 19 % par année depuis cinq ans. La hausse est encore plus sévère pour les investisseurs si l’on combine cette augmentation salariale avec la constante augmentation de la valeur du yuan chinois.

Le changement de garde à la Maison Blanche risque aussi de changer la donne. Barak Obama est immunisé contre l’influence de Wall Street et est adepte des idées de Warren Buffet au point de vouloir en faire son secrétaire au Trésor. Persuadé que le salut de l’Amérique réside dans la reconstitution et l’élargissement de son tissu industriel et manufacturier, Obama n’hésite pas à faire la promotion du protectionnisme. Le prix des actifs industriels états-uniens, au plus bas depuis des années attirera les investisseurs étrangers, confiants de risquer leurs dollars sur un marché protégé. Un certain renouveau du secteur industriel par rapport au secteur financier est probable, d’autant que ce dernier est jugé trop incertain. L’échec du cycle de Doha, voulant soulever les barrières tarifaires en matière d’agriculture et de service, a montré que les grandes puissances n’ouvrent pas leur marché aussi facilement.

Les politiques environnementales du futur gouvernement américain pourraient engendrer des tensions commerciales avec les pays émergents. Les deux candidats à la Maison Blanche proposent des cibles de réduction des émanations de CO2, mais Barak Obama est le plus ambitieux avec une diminution de 80 % sous le niveau de 1990 d’ici 2050. Il ne serait pas étonnant de voir les États-Unis imposer des mesures commerciales contraignantes aux pays polluants, surtout s’il y a consensus avec l’Europe.

Le Canada aura de la difficulté à ignorer ces tendances étant donné l’importance des échanges avec les États-Unis. Les importantes ressources naturelles dont nous disposons pourront peser contre la renégociation de l’ALENA. Si le Canada veut capter sa part du flux d’investissement rapatrié en Amérique, il devra, par contre, jouer le même jeu que son voisin.