De passage à l’Université Laval la semaine dernière, le professeur d’économie, Rodrigue Tremblay, a exposé sa vision de ce qu’il considère être une éthique humaniste et universaliste nécessaire au bien-être à long terme de l’humanité. Le professeur émérite de l’Université de Montréal vient tout juste de publier un ouvrage intitulé Le code pour une éthique globale, où l’humaniste en lui dame le pion à l’économiste. «L’économie, c’est la science des choix. La morale, c’est l’art de faire des choix. La morale permet de distinguer la raison de la passion», affirme celui qui a été ministre de l’Industrie et du Commerce dans le gouvernement de René Lévesque.

Malheureusement, selon l’auteur, «les progrès moraux n’ont pas suivis les progrès technologiques. Mais avant d’être techniques, nos problèmes sont moraux». Plutôt que de parler de choc des civilisations, comme l’a fait Samuel Huntington, M. Tremblay propose plutôt un choc des idéologies qui a suivi l’effondrement du système communiste. À cet effet, il identifie trois modèles d’idéologies restantes : le capitalisme à l’américaine où le marché solutionne tous les problèmes, la social-démocratie à l’européenne et les modèles politico-religieux majoritairement installés dans les pays du Tiers-monde. «Dans plusieurs pays musulmans, il y a un certain désarroi face à l’échec du socialisme comme doctrine de pouvoir et ce sont les mouvements religieux qui sont en ascendance.»

Selon M. Tremblay, les grandes religions ont échoué de plusieurs façons à constituer un code universel pour tous. Selon ses dires, cinq carences majeures des grandes religions expliquent leur échec. D’abord, la moralité de groupe, où l’on en vient inéluctablement à exclure les autres. Ensuite, la vision anthropomorphique de l’homme, la séparation de l’éthique individuelle à l’éthique publique, les notions d’enfer et d’exclusion et la séparation artificielle du corps humain et de sa pensée. «D’un point de vue politique, quand les religions arrivent au pouvoir, elles ont des tendances extrêmistes, absolutistes et autoritaires. Elles sont des facteurs de division plutôt que d’union je crois», explique Rodrigue Tremblay. «Cette montée du religieux peut être une régression pour l’humanité. Il faut revenir à une vision plus humaniste, plus universelle des rapports humains
et internationaux.»