La main-d’œuvre se fait de plus en plus rare dans le domaine pharmaceutique depuis plusieurs années. Alors que le privé réussit à tirer son épingle du jeu, les pharmaciens d’hôpital subissent de plein fouet la constante diminution des effectifs. Les salaires offerts par le système public sont au centre des enjeux. Alors que la pratique en officine offre des salaires moyens de
85 000 $, la pratique en hôpital plafonne aux environs de
63 000 $. Pourtant, contrairement aux apothicaires du coin, les pharmaciens en établissement de santé doivent prolonger leurs études à la maîtrise. «On a beau vendre la pratique, dire que c’est un travail interdisciplinaire, qu’on est le bras droit du médecin… Que tu dises cela à n’importe qui étant quatrième année, lui, il est sollicité par le privé pour gagner 85 000 $. Là, on va lui annoncer d’aller faire sa maîtrise, d’allonger ses études de deux années, et qu’il va gagner 63 000 $. Ce n’est pas très gagnant. On est rendus à un stade où l’écart est ridicule», explique Linda Vaillant, directrice générale de l’APES.

Graves conséquences
L’écart salarial de 30% apporte son lot de conséquences. En fait, l’APES fait face à l’une des pires pénuries dans le système de santé québécois. Alors qu’en 2000, on comptait 90 postes vacants au Québec, ce nombre est passé à 220 en 2008. À ce rythme, le ministère estime que 600 postes resteront inoccupés d’ici cinq ans. Un poste sur cinq demeure vacant. Ce ratio est de un pour vingt dans le milieu infirmier. Malgré l’augmentation des places disponibles à la maîtrise, qui sont passées de 50 à 70, les inscriptions ne suivent pas la tendance. «Malgré le fait qu’il y ait toujours plus d’étudiants qui s’inscrivent, nous, il y en a toujours environ 45 à la maîtrise. Ça n’a jamais dépassé 50», mentionne Mme Vaillant.

De son côté, Stéphanie Laforest, présidente de l’Association générale des étudiants en pharmacie (AGEP), explique les raisons motivants les étudiants à choisir la pratique privée : «Le salaire est moins élevé dans le public. Les conditions de travail ne sont pas les mêmes. Il y a des gardes à faire, il faut parfois travailler de nuit. En communautaire, ils sont beaucoup plus compétitifs depuis les dernières années. Tu as l’horaire que tu veux, le salaire que tu veux, les conditions que tu veux». Elle ajoute, cependant, que la pharmacie d’hôpital comporte des avantages qui se situent notamment à l’échelle professionnelle. «Il y a plus de possibilités d’avancement en pharmacie d’hôpital. Tu peux te spécialiser. Tu peux explorer une pratique de la pharmacie qui va plus loin. Tu fais partie de l’équipe soignante», explique-t-elle.

Moyens de pression
Soumise à la Loi des services essentiels, qui limite considérablement l’organisation de moyens de pression de grande ampleur, l’APES continue néanmoins à boycotter plusieurs groupes de travail gouvernementaux sur lesquels ses experts siègent. De plus, ses spécialistes se sont retirés des comités internes dans les hôpitaux. La semaine dernière, la supervision des stages de quatrième année n’a pas été assurée par les pharmaciens, en guise de moyens de pression. «Ces moyens de pression s’accentueront s’il n’y a pas d’entente. Comme dans tous moyen de pression, il y a des gens qui en subissent les conséquences. Dû à l’écart salarial, on prive les étudiants d’un choix de carrière», affirme Linda Vaillant. À la suite d’une rencontre tenue avec le ministre Yves Bolduc, l’APES a convenu de reprendre la supervision des stages. Le ministre s’est engagé à poursuivre les négociations afin d’en arriver à une entente d’ici les prochaines semaines.