L’objectif principal de ce nouveau programme est de détecter la détresse psychologique chez les étudiants. Au Québec, le suicide est la première cause de mortalité chez les 20-25 ans et touche majoritairement les hommes. Ainsi, en collaboration avec le Centre de prévention du suicide de Québec qui assure une formation d’une journée, des professeurs, des agents d’étude et d’autres employés de l’Université seront formés pour devenir
les sentinelles.

Louise Careau, psychologue au COPS et responsable du projet, explique que les «sentinelles sont là pour aller vers ceux qui en ont besoin. On fait l’analogie avec les premiers soins. Notre but est de former des gens pour détecter la détresse psychologique chez les étudiants», continue-t-elle. Leur mission consiste à détecter les signes avant-coureurs d’une personne ayant des tendances suicidaires, à évaluer les besoins des étudiants et à les référer à une personne apte à les aider. «Les gens ne veulent pas tant mourir que d’arrêter de souffrir explique la psychologue. Quelqu’un qui songe au suicide a les facultés affaiblies. Elle ne voit pas clair».

Madame Careau affirme avoir obtenu une très bonne réponse de la part du personnel et de l’administration de l’institution lavalloise. Un premier projet pilote mené à la Faculté de sciences et génie, composée à majorité d’étudiants masculins, a déjà permis de former plus de 12 personnes. Dès cet automne, ce sera au tour du personnel de la Faculté de médecine de suivre la formation, suivie de la Faculté des sciences sociales à l’hiver. D’ici trois ans, le COPS espère que toutes les facultés et départements de l’Université auront reçu la formation.

Les causes et les signaux
La clientèle étudiante reste fragile face à la problématique du suicide. Bien que l’acte reste un phénomène rare selon la psychologue, plus de 1500 personnes se sont enlevé la vie au Québec l’année dernière. Contrairement au reste du Canada où la moyenne demeure stable, le taux de suicide augmente à chaque année dans la province. Dominic Parisé, formateur au Centre de prévention du suicide de Québec, soutient que le centre «a des contacts réguliers avec les jeunes dans la vingtaine. Nous rencontrons des étudiants régulièrement […] On explique aux sentinelles comment une personne peut en venir au suicide. On veut qu’elles soient des yeux dans la société», ajoute-t-il.

Des facteurs tels qu’un échec scolaire, le refus d’admission dans un programme et les problèmes financiers peuvent s’ajouter à d’autres facteurs contribuant à la détresse psychologique des étudiants. À cela, Dominic Parisé ajoute que l’isolement et l’éloignement vécu par les étudiants venant de l’extérieur est souvent difficile:«Ça apporte une certaine détresse», ajoute-t-il. Cependant, il note qu’il n’y a pas nécessairement plus de suicides chez les étudiants étrangers que chez les étudiants locaux.

Néanmoins, le nombre de suicides chez les étudiants reste difficile à évaluer. Voulant démystifier la croyance que le Pavillon Parent soit le théâtre de plusieurs suicides chaque année, Louise Careau avance que deux étudiants s’y sont enlevé la vie depuis 2002. Ces chiffres proviennent du Service de sécurité et de prévention de l’Université Laval. Longtemps ils ont été tenus secrets, cette information se révélant très difficile à obtenir. Un bémol s’impose toutefois. Il est difficile d’estimer le nombre de suicides d’étudiants de l’Université Laval. Ces actes, commis hors campus n’y sont pas comptabilisés. De plus, les parents ne sont pas obligés de souligner la cause du décès.