Selon son directeur adjoint, Pierre Girard, le bilan des 40 dernières années fait apparaître un trait marquant dans l’histoire de Plan Nagua. «J’ai vu évoluer l’organisation, explique celui qui est membre de l’ONG depuis 1993. C’est une organisation qui répond à son slogan «De paroles et d’actions». De paroles oui, on a du contenu, mais on est aussi pro-actif dans l’action», analyse-t-il, en prenant l’exemple du café équitable. En effet, Plan Nagua, en collaboration avec OXFAM, a été la première ONG à commercialiser un produit équitable en 1997.  

Plan Nagua agit à plusieurs niveaux et propose diverses actions sur la scène internationale, mais aussi locale. De la commercialisation de produits étiquetés équitables aux stages internationaux, en passant par la coopération internationale, l’organisation quadragénaire gère bon nombre d’activités de solidarité, tout en gardant une certaine cohérence dans les valeurs qu’elle véhicule. «Par exemple, avec le Café Nagua, on est dans le réseau de l’économie locale : nos partenaires sont des membres du réseau local de l’économie sociale. En fait, il faut être cohérent avec les valeurs que l’on appuie là-bas [dans le Sud], et les utiliser ici», affirme Mylène Armstrong, agente de communication

Stages internationaux : un impact limité
Les stages internationaux représentent un volet important dans le travail de Plan Nagua dans l’hémisphère sud. Bien consciente qu’un stage de trois mois «ne va pas changer les choses», Mme Armstrong explique que ces stages ont pour but «d’aider [les communautés], puis de donner une expérience aux stagiaires». L’impact des stages sur les communautés est donc peu quantifiable. Mélanie Anctil, stagiaire au Costa Rica en 2005, dit avoir vécu une belle expérience de groupe, mais a senti son utilité limitée dans la communauté. Elle était chargée avec son groupe d’aménager des sentiers pédestres et de construire un bâtiment devant accueillir des formations sur le développement durable pour les enfants du village. Mme Anctil se sentait «utile, mais de façon relative, puisque d’autres personnes auraient pu faire le travail à notre place, les gens du village, par exemple.»

L’intrusion d’un groupe de jeunes nord-américains, culturellement aux antipodes des valeurs traditionnelles d’un village isolé et peu touristique, a créé quelques tensions durant la présence des stagiaires. «On n’a pas déstabilisé le village du tout au tout, mais c’est confrontant pour une communauté qui n’a pas trop l’habitude de voir arriver des touristes ayant un système de valeurs différent, surtout dans les relations hommes-femmes. […] Mais, on est averti à la base, au niveau du code vestimentaire, pour ne pas créer d’attentes chez les garçons. Dans notre cas, il y avait des tensions un peu à la fin, parce que certaines choses ont été faites qui ne devaient pas, mais je ne sais pas l’incidence [qu’il y a eu] après», raconte Mélanie Anctil, tout en affirmant que l’encadrement des stagiaires avant, pendant et après le stage, était parfait.

Une notoriété grandissante
La notoriété de Plan Nagua ne cesse de s’accroître, notamment grâce aux campagnes promotionnelles mettant en vedette des artistes tels que Luck Mervil ou Tricot Machine. «On a beaucoup fait pour l’éducation du grand public. Le projet qu’on a eu avec Tricot Machine, c’était des relations de presse. On les a amené en République Dominicaine pour qu’ils voient ce qu’est le commerce équitable là-bas et qu’ils en parlent en retour», décrit Mme Armstrong. Et en cette année de 40e anniversaire, la visibilité médiatique de l’ONG devrait être encore plus grande, puisque Mme Armstrong promet la mise en place de beaucoup d’activités en lien avec l’événement.