Pauline D’Amboise, lors de l’atelier sur la gouvernance des entreprises et

l’investissement responsable.

Photo: dominique talbot

Depuis 2000, le commerce équitable croît d’environ 20% chaque année. En acceptant un prix plus élevé, le consommateur permet au producteur de bénéficier d’un prix juste sur ses produits. Ainsi, les communautés du Sud prennent en charge leur développement plus facilement. Cependant, ce type de commerce octroie moins d’un milliard de dollars par année au producteurs, ce qui équivaut à moins de 1% des échanges mondiaux.

 

Lors de l’atelier sur le commerce équitable, Abraham Gadji, docteur en droit et juriste environnementaliste au ministère de l’Environnement de la Côte d’Ivoire, a présenté plusieurs pistes de solutions. Il a entre autres proposé l’ouverture de nouveaux marchés pour les produits des pays en voie de développement vers les marchés des pays développés. De plus, il faudrait une action politique et économique concrète en faveur des pays en voie de développement, pour permettre aux producteurs d’en bénéficier. Selon M. Gadji, le commerce équitable relève présentement du domaine de l’espoir en raison de sa part marginale dans le marché mondial. «Parler du commerce équitable c’est faire allusion à la problématique du développement des pays en voix de développement. C’est évoquer la solidarité internationale comme devoir à la charge de tous. Il faut transformer l’espoir en réalité.»

Élargir la vente de produits
M. Gadgji croit également qu’il serait bénéfique pour les producteurs d’investir dans les produits manufacturiers et d’autres types de services indispensables au développement économique. Francine Barbeau, directrice générale de Plan Nagua, une ONG qui œuvre dans le domaine de la solidarité internationale, a déclaré ne pas être fermée à ce type de vente, mais ce n’est pas encore le moment, selon elle. «Il faudrait des manufacturiers qui se présentent et qui soient conformes. Il faut aussi qu’il y ait une demande pour ce type de produit. La pire chose qui pourrait survenir serait une perte de crédibilité parce que nous aurions été trop vite et n’aurions pas agi de façon éclairée. Ça se fait progressivement, il faut agir prudemment.»

Encadrer juridiquement?

Un encadrement juridique de l’État dans le commerce équitable permettrait d’assurer que les petites entreprises privées suivent les règles du commerce équitable. Les fausses déclarations stipulant qu’un produit est équitable alors qu’il ne l’est pas pourraient ainsi être évitées, tout comme les pratiques inéquitables de rémunération des travailleurs du Sud. Aude Tremblay, avocate, et Marie-Claude Desjardins, doctorante à la Faculté de droit de l’Université Laval, ont, quant à elles, suggéré de mettre en place une certification obligatoire ou optionnelle qui permettrait un meilleur contrôle du commerce. La certification obligatoire contraindrait les commerçants à faire certifier leurs produits sous peine de recevoir une sanction pour utilisation du terme équitable sans certification.

La certification optionnelle, quant à elle, est quelque peu différente. Avec une loi établie en 2005, la France a appliqué ce type d’encadrement juridique sur les produits équitables. Elle tente ainsi un meilleur encadrement du commerce équitable, qui a comme objectif de venir en aide aux producteurs défavorisés, d’éliminer les intermédiaires lors de l’exportation et de mettre en place des réseaux facilitant les échanges. Cela simplifie le contrôle des fausses déclarations en appliquant un label certifié public sur certains produits. Toutefois, il ne s’agit pas d’une certification obligatoire. Comme l’explique Laurence Boy, professeure à l’Université de Nice Sophia Antipolis, les consommateurs ne sont que plus confus avec les différents types de labels?: «Les labels certifiés publics donnent un signe aux consommateurs, mais avec la multiplication de labels privés, il est pratiquement impossible de savoir quels sont les produits équitables sérieux. Le consommateur ne se compliquera pas la vie, lorsqu’il voit inscrit équitable, il achète sans se poser de questions, ce qui est tout à fait normal.»

Néanmoins, tous les spécialistes s’entendent pour dire qu’avant de mettre en œuvre des changements pour améliorer la condition du commerce, il faudrait d’abord définir la signification exacte du terme commerce équitable. On trouve beaucoup de divergences d’opinions à ce sujet. Est-ce qu’un commerce équitable signifie un commerce seulement Nord-Sud, ou il pourrait aussi être question d’un commerce Nord-Nord et Sud-Sud? Est-ce que les produits doivent seulement être vendus dans les PME ou pourraient-ils se trouver sur les étalages des multinationales? Voici quelques exemples de questionnements encore nébuleux pour l’instant.