Grâce à ses multiples écrits, Gabrielle Roy a révélé aux Québécois certains aspects de leur vie, ne se gênant pas pour dénoncer les réalités de son époque. Franco-manitobaine, née d’une mère acadienne et d’un père québécois, l’auteure a constamment vécu avec le sentiment d’être minoritaire, lequel faisait partie intégrante de sa réalité. Elle s’en est inspirée au travers de ses multiples écrits, comme l’explique madame Maria Lidia González Menéndez, professeure à l’Universidad de Oviedo : «Son œuvre est un discours avec les minorités. Le déracinement renforçait chez elle l’attrait du lointain et encourageait le voyage.»

L’écrivaine a modifié le regard du monde sur le Canada et le Québec, avec la publication de son premier roman, Bonheur d’occasion, qui lui a valu le prestigieux prix Femina en 1947. Ainsi, les Français se sont mis à voir le Canada d’une toute autre façon. Révolutionnaire, Roy a fait ressortir l’évidence de réalités qui étaient camouflées à cette époque. Avec ses opinions franches sur la société, elle ne s’est pas gênée pour dénoncer certains tabous. Au Canada, on lui a reproché sa façon de penser. À travers la description des milieux pauvres, elle revendiquait une vie matérielle meilleure. Elle s’est battue pour la situation des démunis, en demandant plus de justice et de charité. Ce sujet qui revient régulièrement dans ses différents romans, fait encore aujourd’hui, partie de la vie sociale et politique québécoise. Louis Morneau, professeur de littérature au campus Notre-Dame-de-Foy, déclare que les sujets abordés dans ses histoires sont peut-être moins d’actualité, mais devraient tout de même continuer d’inspirer les gens : «Les jeunes et moins jeunes devraient regarder ce qui se passe autour d’eux et s’en inspirer pour créer. Pensons à l’hypersexualisation de plus en plus présente : si Gabrielle Roy vivait aujourd’hui, elle écrirait assurément à ce sujet. Elle écrivait à propos des réalités de son époque, des tabous, de ce qui clochait dans la société.»

Le voyage, une pierre angulaire
Le voyage est continuellement présent dans son œuvre. En effet, la majorité de ses histoires se terminent sur un départ. «En voyageant, elle a découvert une réalité différente et une vocation littéraire. L’exil est la première étape de son écriture et le voyage constitue l’essence de sa création», déclare madame Gonzalez Menéndez. En s’exilant en Angleterre pour faire du théâtre, Roy s’est mise à écrire en français. Rompant avec sa culture, elle a réalisé l’importance de son origine franco-manitobaine.

D’après monsieur Morneau, les multiples voyages de l’auteure l’auraient aidé à prendre conscience de la solitude des gens : «Elle s’est aperçue que la ville est le milieu artificiel par excellence. C’est là que t’étouffes, il n’y a aucun endroit où tu peux être plus seul dans la vie. La ville est dure pour l’homme.» Ses romans publiés entre 1945 et 1987 sont en constante relecture. Les réalités présentées, telle la femme au foyer devant subvenir aux besoins de ses dix enfants, se sont tranquillement démodées, mais les lecteurs continuent de s’y intéresser en interprétant toujours ses écrits
différemment.