Du 7 au 10 novembre, la campagne Le respect, rien de moins a su regrouper plusieurs membres de la communauté universitaire pour discuter, ensemble, de la question du harcèlement psychologique et trouver des solutions pour y remédier.

Lors des différentes conférences et activités organisées par la campagne, on constate rapidement que l’Université Laval n’est pas une exception. Le harcèlement est bien présent sur le campus lavallois.

À la soirée d’ouverture, le panel était composé du rappeur Webster, de Brigitte Dagneau du Centre d’aide aux étudiants et de Hubert Pelletier-Picard, ancien membre de l’exécutif du Groupe gai de l’Université Laval (GGUL). Ils ont souligné les différents types de harcèlement que peuvent subir certains étudiants de l’UL.

Les étudiants en situation de handicap, par exemple, vivent des microagressions de façon quotidienne, souligne Brigitte Dagneau. « C’est souvent du harcèlement discriminatoire, donc des insultes, des affronts, c’est verbal ou non-verbal, ça peut être un soupir ou même un regard ». Intentionnels ou non, ces gestes peuvent devenir très difficiles à vivre pour les victimes, explique la conseillère aux étudiants en situation de handicap.

Elle souligne aussi que plusieurs mythes persistent face aux étudiants en situation de handicap. « C’est important de se rappeler qu’ils ont été acceptés sur les mêmes bases que tous les autres étudiants », rectifie-t-elle. La conseillère croit qu’il faut modifier les regards que nous avons sur eux et comprendre que leur handicap n’est qu’un seul aspect de leur personnalité.

Homophobie et transphobie

Hubert Pelletier-Picard était présent pour aborder la situation des homosexuels et transgenres. « Les homosexuels au Québec, ça va plutôt bien. C’est établi dans la mentalité populaire », estime-t-il. Toutefois, il soutient que certaines difficultés persistent telles que l’accès au travail, au logement et les préjugés sur la corrélation entre prédateurs sexuels et homosexuels.

La situation est bien différente pour les transsexuels. Il explique que les personnes trans sont plus susceptibles d’être victimes de toutes sortes de harcèlement durant leur parcours universitaire. « Par exemple, on ne peut pas, dans les papiers officiels de l’université, changer notre nom. C’est le nom légal qui apparait sur les forums, dans les listes de présence. Ces personnes-là se font tout de suite afficher comme étant trans. C’est un problème pour leur dignité », explique l’ancien membre du GGUL.

De plus, Hubert souligne l’importante distinction entre le sexe et le genre. Le sexe est un terme plus biologique lié au corps d’un individu, alors que le genre, « c’est comment une personne s’identifie, ce n’est pas une notion binaire », explique-t-il.

Le racisme

« D’où viens-tu ? »: voilà la question que Webster s’est fait le plus souvent posée dans sa vie. Pour lui et plusieurs, cette question est devenue une microagression. Originaire du quartier Limoilou, il comprend difficilement que la pigmentation soit encore associée à l’extérieur, à l’immigrant. «Ce n’est pas normal qu’un jeune qui nait ici, ne se sente pas québécois », lance-t-il.

Le diplômé en histoire de l’UL explique qu’il a toujours eu l’impression d’étudier « leur histoire, pas la mienne ». C’est l’absence de la présence noire dans les cours d’histoire au Québec qui cause ce sentiment d’exclusion des jeunes noirs, explique le rappeur québécois. « Il faut faire une relecture et une réécriture inclusive de notre histoire », croit-il, en soulignant l’arrivée du premier homme noir au Québec, en 1629.

« Pour combattre le racisme, pour combattre l’intolérance, ça passe beaucoup par l’univers médiatique. Il y a un manque flagrant de diversité dans nos médias », estime le rappeur québécois en critiquant le manque de modèle pour les jeunes noirs. Un changement radical pourrait contribuer à la consolidation d’une identité québécoise mixte, espère-t-il.

Les conséquences du harcèlement 

Lors d’un diner-conférence, organisé par la CADEUL, Josée Laprade, directrice du CPIMH, et Marcel Bernier, psychologue au Centre d’aide aux étudiant(e)s, ont illustré les conséquences liées au harcèlement dans le milieu universitaire.

Le psychologue débute en soulignant que le harcèlement peut durer pendant des années et englobe une quantité énorme d’aspects tels que l’intimidation. « Par contre, dans tous les cas, la personne porte un poids qu’elle ne devrait pas porter », explique-t-il. Les victimes peuvent développer de la méfiance face aux autres, de l’isolement, un sentiment de honte et même une normalisation de sa victimisation.

Il explique aussi l’atteinte très personnelle de chacun face à un acte de harcèlement. « Il ne faut pas juger les réactions », dit-il. Les victimes ne réagissent pas toutes et tous de la même façon et elles ne sont pas marquées au même niveau.

Les deux professionnels présents ont spécifié l’importance des témoins et de ne jamais tolérer toutes formes de harcèlement. « C’est puissant le rôle du témoin », conclut la directrice du CPIMH.