Huit étudiants de l’UL se sont joints à dix confrères du Collège d’architecture de Dakar afin de concevoir et de réaliser différents projets d’aménagement (rénovation et  sécurisation de puits et réaménagement de la cour intérieure d’une mosquée)  dans le quartier de Diamalaye, une banlieue de Dakar qui est située dans le district de Malika. Ce quartier est situé juste à côté de la décharge municipale de Mbeubeuss.

Ce voyage s’inscrit dans un projet plus vaste qui doit se conclure en mars 2012. Outre le travail de conception-construction, des étudiants mènent à bien des projets d’amélioration de porcherie domestique, de requalification de la décharge municipale, de transformation de la maison des femmes de Malika et de recherche sur un système d’information géographique participatif pour la planification de quartier.

La conception en mode participatif est un concept central à toute cette démarche. Elle ne s’est pas faite seulement avec un propriétaire, mais avec les habitants d’un quartier. Ils soulèvent des enjeux et des préoccupations qui divergent souvent  et qu’il faut concilier.

C’est là que se retrouvait toute la complexité de l’opération, d’après Vanessa Poirier, étudiante en architecture: «L’aspect interculturel de l’expérience et la conception en mode participative ont constitué les plus grands défis. Il n’était pas simple de trouver le meilleur projet pour la population».

Sa collègue Karine Nadeau confirme cette affirmation: «La communication n’est pas toujours facile. Nous sommes expressifs et ils sont plus subtils. Un même mot peut avoir plusieurs significations différentes. De plus, nous sommes plus axés sur le travail en équipe, dans lequel les membres sont au même niveau, alors que la culture sénégalaise repose sur une hiérarchie établie. Cependant, lorsqu’ils décident ensemble, ils recherchent l’unanimité, alors que nous sommes portés à vouloir un simple consensus.»

Ces étudiants ont été des acteurs de changement social. Il suffit de voir le documentaire Diamalaye, terre d’espoir, réalisé par Mathieu Dessurault et projeté dimanche dernier, pour s’en convaincre.  «Nos objectifs sont relativement modestes», selon André Casault, professeur d’architecture à l’UL. «Concrètement, il y a des puits et des petites places publiques. Cela améliore simplement, modestement mais efficacement la vie de certaines personnes. On espère que ça va provoquer une certaine cohérence sociale, et que l’initiative locale prendra le relais. »

La journée de dimanche présentait aux visiteurs des activités variées afin de les immerger dans la culture sénégalaise. En plus, des voyageurs venus présenter leurs expériences, de la musique rythmée, des contes africains et une dégustation étaient au rendez-vous.

Des tables rondes ont poussé plus loin la réflexion. L’une d’elles a traité du problème immobilier de Dakar, où les spéculateurs étrangers entraînent une hausse des prix et une construction effrénée.  Les décideurs locaux n’ont plus le contrôle de la situation, et les lois centrales ne sont plus appliquées. Cela entraîne l’exode des populations défavorisées vers l’est de la presqu’île de Dakar.

 Ce phénomène a  bloqué un projet des étudiants, soit la construction d’un terrain de soccer. En effet, les fonds réservés pour les jeunes du quartier ne pouvaient être conservés ou du moins garantis par les décideurs locaux, la pression immobilière étant trop forte.
Les activités de sensibilisation devraient se poursuivre ce printemps. Un livre devrait voir le jour, afin de rejoindre une grande partie de la population et de sensibiliser les gens aux possibilités offertes  par une organisation sociale cohérente.